Une exposition de fin d’année pour la fabrique Résistances Désirs

Réunissant des projets issus d’un an de travail au sein de la fabrique (groupe de travail) « Résistances Désirs », cette exposition correspond d’avantage à un point d’étape, un état des lieux, qu’à un résumé : il s’agit de donner à voir ce que certain·e·s membres de la fabrique ont pu produire, des pistes de recherche, des pièces abouties qui demandent une mise en espace et une mise à l’épreuve d’un regard extérieur. Il s’agit de montrer les résistances autant que les désirs, de leur donner une forme, de les pratiquer.

Une exposition à suivre en ligne sur instagram, toute la journée du 18 mai, et des performances dans la coursive vitrée de l’école, à observer depuis la place Louise Bourgeois.

Retrouvez le pdf des cartels de l’exposition

Portrait diplômé / Corentin Massaux

Diplômé d’un DNSEP en 2014, Corentin Massaux est artiste. En parallèle de sa pratique artistique, il a occupé le poste de coordinateur des projets d’éducation artistique de l’ÉSACM de 2016 à 2019. Il participe actuellement à une résidence d’artiste à la BridgeGuard residency de Štúrovo en Slovaquie. 

Peintures à pincer, acrylique sur pinces à linge bois, Multiple 10 exemplaires, 7,4 x 1 x1,2cm chacune, 2020.

Peux-tu nous parler de ton parcours dans l’école ? Pourquoi as-tu intégré une école d’art, et quelles ont été les expériences marquantes que tu y as vécues pour la suite de ton travail ?

Je suis entré à l’ÉSACM un peu par hasard. Au départ je visais des écoles d’arts appliqués, mais j’ai essuyé des refus qui m’ont amené à m’inscrire en faculté d’histoire de l’art à Clermont-Ferrand en 2008. J’ai alors rencontré l’ÉSACM via ses cours du soir et ai été reçu au concours en 2009. Je m’y suis plu puisque je suis resté dans cette école jusqu’à l’obtention d’un DNSEP en 2014. Il serait difficile de ne parler que de quelques expériences marquantes tant il y en a. Et si ma pratique s’est développée dans et autour des questions de la picturalité, chaque cours, labo, ARC (Arcs de Recherche et de Création), workshop, voyage, discussion ou rencontre a permis de me positionner et de construire un regard critique. 

Mais pour jouer le jeu je citerai un sujet de peinture de l’enseignant Jean Nanni en deuxième année, qui impliquait l’occupation du couloir du dernier étage de l’école ; un ARC paysage au Havre ; un workshop avec Fabrice Gallis, chercheur à la Coopérative de recherche de l’ÉSACM ; le projet de recherche Robinson/Vendredi ; et l’invitation d’Alexandre Lavet et Benjamin Aubertin (diplomés de l’ÉSACM) à occuper leur Galerie Ouverte. Il s’agissait d’une galerie sauvage installée dans un recoin architectural sur le terrain (à l’époque) vague devant l’école, initiée lors d’un workshop avec l’artiste Julien Bertier. Toutes ces expériences avaient pour particularité d’amener à répondre à un contexte, à penser des projets spécifiques, voir in situ, ce que je m’attache à faire aujourd’hui. Dans le même sens, les projets d’éducation artistique que l’ÉSACM met en place dans certains espaces de la ville de Clermont-Ferrand ont forgé mon rapport aux projets dédiés, mais nous y reviendrons. 

Peux tu parler de ta pratique et des thématiques que tu aimes explorer dans ton travail ?

Comme je l’ai dit, ma pratique s’articule dans et autour du pictural. Je fais une peinture qui peut parfois se passer de l’outil peinture, en utilisant des matériaux déjà colorés. Le résultat est abstrait et construit avec des gestes simples qui émanent d’une observation de mon environnement quotidien. Les matériaux, les formes, les couleurs et les gestes sont empreints de celui-ci et feignent des principes connus de tous. Comme mon environnement est principalement urbain, cela transpire dans ma peinture. Je collecte par l’image, l’écrit, le dessin ou la mémoire, des gestes, des agencements, des inventions, des accidents, etc., qui pour moi renvoient à la peinture et à ma peinture. J’ai par exemple découvert il y a peu que les arbres à papillons peuvent peindre sur les tôles ondulées par les mouvements que leur insuffle le vent. 

Mes projets sont toujours pensés dans un rapport aux espaces qui les accueillent, à leurs spécificités, ce qui leur confère un caractère in situ, ou tout du moins situé. Cela se traduit par des installations qui jouent des caractéristiques des espaces et leurs usages, et qui dans le même temps créent un trouble sur leur statut et le statut de ma peinture, en se présentant comme des simulacres – des peintures à pincer, des peintures occultantes, un dallage qui se déforme sous les pas des visiteurs, etc. Le tout crée des allers-retours et des rencontres entre intérieur et extérieur.

À ta sortie de l’école, tu as pris le poste de coordinateur des projets d’éducation artistique à l’école, jusqu’à 2019. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?

J’ai eu la chance de participer dès les premiers projets d’éducation artistique que l’ÉSACM a mis en place en 2013 en tant que stagiaire. J’assistais alors l’artiste Carole Manaranche dans un projet avec une classe de CE2 de l’école Charles-Perrault à la Gauthière, et la même année je participais avec d’autres artistes et étudiant.e.s aux premiers ateliers participatifs sur une friche urbaine, pendant les vacances dans le même quartier. Le projet visait à ce que les habitant.e.s se réapproprient cette dent creuse causée par la démolition de trois tours, par la couleur, des constructions en palettes et en pneus, des jeux. L’été 2013 a marqué un tournant puisque nous avons décidé de monter un collectif, « La Balise », petite entité au sein de l’ÉSACM qui développe les projets d’éducation artistique de l’école. En 2016, les projets prenant de l’ampleur, entre autres avec l’occupation quotidienne et à l’année d’un appartement de la Muraille de Chine, un bâtiment emblématique de Clermont-Ferrand, long de trois cent mètres et qui surplombe le centre ville et qui va disparaître, l’école a créé un poste de coordination et m’a fait confiance pour l’occuper. Les trois ans que j’ai passé en tant que coordinateur ont été très riches, il fallait sans cesse se renouveler et inventer, s’adapter et s’accorder, mais la contrepartie était évidemment de ne plus avoir assez de temps et d’esprit pour une pratique personnelle. J’ai donc fait le choix en 2019 de me concentrer à nouveaux sur celle-ci et de quitter ce poste. Outre les connaissances acquises en montage de projet, gestion de budget, relations publiques, etc. pour lesquelles je n’avais aucune formation initiale, c’est le rapport au travail en collectif et l’aspect collaboratif avec les habitant.e.s, les associations, services des quartiers, les artistes, graphistes et étudiant.e.s invité.e.s et toutes les rencontres occasionnées qui m’ont le plus apporté, qui m’ont fait le plus grandir et comprendre l’importance de l’être et faire ensemble. 

Les enfants, auteurs de leur ville, Saint-Jacques, Clermont-Ferrand, 2018.

Quels sont tes projets en cours ?

Comme tout le monde, la situation sanitaire actuelle a chamboulé les plans, dont notamment une exposition collective portée par Lila Demarcq, Juliette Maricourt et Camille Orlandini, dans le cadre de la Biennale internationale Design de Saint-Étienne, qui devait rassembler les travaux de designers et artistes ayant des pratiques vivantes et créatrices d’expériences sensibles, qui est repoussée à l’an prochain. Je devais y présenter une intervention picturale au sol et à l’échelle du lieu en utilisant une teinture à base de terre ferrugineuse issue de mon village d’enfance. Celle-ci se serait déformée avec les pas des visiteurs et aurait contaminé leurs semelles et le reste de l’espace. 

Mais j’ai la chance d’être actuellement accueilli à la BridgeGuard residency de Štúrovo en Slovaquie où j’ai pris la suite de Florent Poussineau et Rémy Drouard (diplômés de l’ÉSACM) qui reviendront fin mai pour notre exposition dans les locaux de la résidence. Je profite de ce temps pour essayer de tendre à une forme de lâcher-prise de ma peinture. J’utilise pour cela la technique du monotype en appliquant des gestes crus, voire viscéraux sur une plaque de plexiglass pour ensuite les imprimer sur papier. Dans le même temps je m’interroge sur l’aspect éphémère de certaines de mes interventions picturales et cherche à en produire des traces, des documents qui soient tout autant peintures que les peintures qu’elles cherchent à doubler. Mais les choses ont déjà glissé puisque j’ai commencé à provoquer par le collage, des rencontres impossibles entre mes monotypes, dont l’échelle est limitée par la technique et des éléments du bâti de la résidence et de la ville. 

Enfin, je renoue avec le collaboratif et le participatif en travaillant régulièrement avec le collectif Yes We Camp, avec entre autres en juin prochain, un projet d’aménagements et d’installations artistiques temporaires aux pieds d’une barre d’habitation à Bagneux. 

Rencontre impossible, collage, monotype à la gouache et impression laser, 21×29,7cm, 2021.

 

https://corentinmassaux.wixsite.com/corentin-massaux

Portrait diplômée / Samira Ahmadi Ghotbi

Samira Ahmadi Ghotbi a étudié la peinture à la Faculté d’Art et d’Architecture de Téhéran avant d’intégrer l’École supérieure d’art de Clermont Métropole où elle a obtenu un DNSEP. Elle a ensuite intégré la Coopérative de recherche de l’ÉSACM avec un projet de recherche autour de la mémoire. Vidéo, dessin, performance, sculpture, écriture, les médiums qu’elle utilise sont choisis en fonction de l’histoire, globale ou intime, qu’elle souhaite raconter.

Peux-tu nous parler de ton parcours, avant d’entrer à l’école ?

J’étais en dernière année de licence à la Faculté d’art et d’architecture de Téhéran, quand nous avons décidé, avec une amie, de quitter l’Iran pour continuer nos études. Nous avons commencé à étudier le français et une réunion à l’Alliance Française nous a permis d’avoir une vision plus précise des études en France. J’ai candidaté à l’ÉSACM  pour la simple raison que c’est une des rares écoles qui acceptaient que je passe l’entretien d’admission en visioconférence. Je suivais l’option peinture à la Faculté d’art et d’architecture de Téhéran à l’époque, et j’avais une belle image de ce qu’étaient l’art et la littérature en France. J’ai intégré la 3e année à l’ÉSACM. Le processus de visa a pris trois ans.

Etudier en université d’art en Iran et en école d’art en France sont deux choses très différentes. Les pratiques que j’étudiais en Iran étaient très académiques, très axées autour de la technique, de l’anatomie, du modèle vivant. Pendant mes six ou sept premiers mois à l’ÉSACM, je n’ai presque rien produit, j’étais complètement perdue. L’équipe m’a laissé libre et tranquille. Je ne subissais pas de pression de production. J’ai été étonnée d’être présentée  au diplôme. Mais au fur et à mesure, j’ai réussi à trouver ma logique de travail. Bien sûr l’héritage iranien est toujours présent dans mon travail, je ne peux pas m’en détacher. Mais j’ai trouvé la façon de me l’approprier.

À l’école j’ai beaucoup travaillé le dessin, puis j’ai commencé petit à petit la vidéo et l’installation. Mais le dessin a été au cœur de mon travail et visible dans ces autres pratiques. Les propositions de l’école étaient souvent des déclencheurs, comme le programme de recherche « L’intercalaire » auquel j’ai participé, ainsi que les rencontres avec des artistes et intervenant.e.s extérieur.e.s. La rencontre avec Rémy Héritier, danseur et chorégraphe, qui était chercheur à la Coopérative de recherche à l’époque et qui aujourd’hui enseigne la danse à l’école, m’a peu à peu conduit à la performance.  Cela m’a permis d’assumer mon corps et ma voix pour me mettre en scène, sortir des pages de papiers et de dessin. J’ai vécu alors une transition depuis une pratique un peu timide, vers des pratiques plus partagées et plus assumées.

En 2018, Rémy Héritier m’a invité à participer à un projet de recherche intitulé « L’usage du terrain » et mené par le Centre national de la danse,  les Laboratoires d’Aubervilliers et la ville de Pantin. J’ai travaillé trois semaines sur la notion de traces dans un stade abandonné à Pantin. C’est comme ça que j’ai investi le champ de la performance en compagnie de Rémy et de son équipe de danseurs. La même année, j’ai proposé une performance au Salon de Montrouge.

L’usage du terrain, La Trace, Performance 15″

Tu as intégré la Coopérative de recherche après ton DNSEP. Autour de quels sujets travaillais-tu ?

Etudiante, j’avais participé à un programme proposé à l’époque qui s’appelait « Intercalaire ». On était huit artistes et étudiant.e.s à travailler au sein de ce programme, autour du sujet la latence, de l’ennui. On essayait de déconstruire l’idée selon laquelle le « faire » était la seule manifestation de la productivité. On expérimentait le fait de produire, sans nécessairement aboutir à des objets ou des formes. Ce programme m’a donné envie d’intégrer la Coopérative de recherche, après avoir obtenu le DNSEP.

Pendant trois ans au sein de la Coopérative, j’ai pu travailler avec des artistes et des chercheur.e.s. Je n’ai pas ressenti la solitude qu’on peut ressentir quand on sort des beaux-arts. La Coopérative m’a aussi offert un confort matériel : une bourse et un lieu de travail.

En 2019, j’ai passé le DSRA (Diplôme supérieur de recherche en art) qui a pris la forme d’une exposition et d’un parcours performatif à la Galerie de la Cité internationale des arts. J’y étais en résidence depuis plus d’un an et je trouvais pertinent de passer mon diplôme en dehors de l’école. Je voulais clore et rendre compte de ces deux expériences conjointement, mon projet de recherche à l’école et ma résidence à la Cité.

Pourrais-tu définir ta pratique ?

Je travaille souvent à partir d’une histoire, intime, familiale ou culturelle, des « micro-histoires ». À partir de ces histoires-là, je cherche et je propose des formes. Ça peut être de la performance, de l’écriture, de la vidéo, de la sculpture, du dessin, etc. Mon travail s’inspire de l’Iran, de son histoire et de son actualité. Mais j’’essaie de trouver un langage qui sera lisible et visible au-delà des frontières d’un territoire spécifique. Je traite des documents historiques, des images d’archive ou des récits, dans le contexte social et politique d’aujourd’hui.

Depuis quelque temps, je travaille autour de la chasse, de la figure de l’animal comme métaphore du corps chassé. Pour le DSRA, j’avais déjà travaillé sur un journal de chasse iranien de la fin du XIXe siècle, pour proposer une performance collective et narrative effectuée par cinq femmes qui s’intitulait « Le cercle du chaudron ».

Le cercle du chaudron, Performance 12″

Depuis mars et jusqu’à fin avril 2021, je suis en résidence à Chanonat avec l’association  Champ Libre, et je développe un thème similaire. Je suis à la recherche de formes qui évoquent un entre-deux : entre l’homme et l’animal, entre la proie et le prédateur. Je réalise dans ce cadre un travail de sculpture, en tissu et en latex essentiellement. Je m’inspire des gants de fauconnier, à mi-chemin entre l’habillement et la seconde peau, l’outil de chasse et le piège. Je m’intéresse au faucon comme étant à la fois chasseur et l’animal exploité.

Où et comment travailles-tu ?

Je vis entre l’Iran et la France. Et depuis 3 ans je vis à Paris. J’ai été lauréate de la commission de la Cité internationale des arts 2018. J’ai eu la chance d’avoir un espace de vie et de travail grâce à cette résidence à la Cité. Ensuite j’ai intégré un lieu de résidences d’artistes appelé « Espace en cours ». Julie et Didier Heintz, historienne d’art et architecte, mettent à disposition des artistes quatre studios au sein de leur immeuble, avec un espace commun de travail. À mon retour après ma résidence à Chanonat, je devrai trouver un nouvel atelier.

Depuis mon arrivée à Paris j’ai essayé de trouver un équilibre entre mon travail alimentaire et mon travail artistique. Mais ce n’est pas toujours évident.  L’année dernière, je n’étais pas tout-à-fait satisfaite de mon exposition « De toute la longueur d’une main, à 45 pas de distance » au GAC d’Annonay. Car ayant un emploi à temps partiel de 29 heures par semaine à l’accueil de Grand Palais, je n’ai pas eu assez de temps ni la concentration suffisante pour préparer l’exposition.

Ces dernières années, j’ai passé du temps à répondre à des appels à candidature, monter des dossiers, mais ce n’est pas un exercice dans lequel je suis très à l’aise. D’ailleurs, cette année, je me concentre sur mon travail, et je ne postule pas pendant quelque temps. Je me rends également compte que les plus belles opportunités et les plus beaux projets qui m’ont été proposés l’ont été grâce à des invitations d’artistes ou de professionnels de l’art.

Comme l’exposition collective de « Distopical encounter » à Bangkok, à l’occasion de Offsite project mené par la galerie In extenso, à l’invitation de Benoît Lamy de la Chapelle, ancien directeur de la galerie en janvier 2018.

Bangkok : Roar, Photo argentique, installation photo, Gel de silice, Crédits photos : Shinya Matsunaga

Je pense également au Dôme Festival, une proposition de Constantin et Baptiste Jopeck, artistes et cinéaste. Constantin est actuellement membre de la Coopérative de recherche de l’ÉSACM. Il s’agit de deux semaines de résidence dans une magnifique maison à Montbazon, une ambiance joyeuse et avec des artistes intéressant.e.s.

As-tu des expo ou projets en cours ou en préparation ?

Je suis actuellement en résidence au Champ Libre à Jussat, un lieu-dit de Chanonat. Une exposition aura peut-être lieu à la fin de la résidence. J’expose également à homealonE, un lieu associatif à Clermont-Ferrand.

Marjolaine Turpin, artiste et ancienne étudiante de l’ÉSACM, m’invite également à participer à une exposition au centre d’art du Parc Saint Léger à Pougues-les-Eaux, où elle a été en résidence durant l’automne 2020. Nous réfléchissons à l’exposition ensemble pour le mois de juin.

À l’automne 2021, je participerai au festival « Plastique danse flore » sur une nouvelle invitation de Rémy Héritier au potager du roi, à Versailles.

« Harmonie », une exposition par la Coopérative de recherche à la galerie In extenso

« Harmonie », une proposition de la Coopérative de recherche de l’ÉSACM.

Comment composer depuis le collectif ? Comment s’accorder, échanger, et faire cohabiter sa recherche avec celles des autres ?

Du 1er au 15 avril 2021, les chercheur⋅e⋅s de la Coopérative de recherche de l’ÉSACM investissent les espaces de la galerie associative In Extenso pour y déployer des temps de travail, des actions éphémères et des partages de contenus et de formes – en ligne ou hors ligne.

Au fil des jours et de la programmation, In extenso devient l’espace où se traduisent les doutes et l’émulation qui animent la vie de la recherche à l’ÉSACM.

Programmation en cours.

https://www.inextenso-asso.com/

Du 1er au 15 avril, évènements en ligne sur le compte Instagram de l’ÉSACM et d’In extenso. Permanence et accueil du public à la galerie du lundi au dimanche, de 14h à 18h.

Thomas Conchou a présenté l’exposition « La clinique du queer » le 24 mars

Mercredi 24 mars, Thomas Conchou, curateur, est intervenu auprès des étudiant.e.s de 5e année, sur une invitation de Sophie Lapalu, afin de leur présenter l’exposition « La clinique du queer », à la Maison populaire de Montreuil du 28 septembre 2020 au 13 février 2021.

« L’exposition se concentre sur les potentiels politiques qui se nichent dans les intervalles de vies passées en commun. Comme l’avance Sara Ahmed dans Queer Phenomenology, le corps queer n’est jamais seul, tant il dépend de la mutualité et de son soutien. Pourtant, il peut se trouver étranger à l’espace domestique et familial, produisant – souvent en premier lieu – un sentiment bizarre (queer) d’inadéquation et de « disidentification » aux valeurs et aux pratiques hétéronormatives de la famille nucléaire, modèle occidental d’habitat et de transmission patrimoniale par excellence. Pour certainxs néanmoins, la maison peut être, ou plutôt devenir, un espace queer en tant que tel, « plein du potentiel d’expérimenter la joie de désirs déviants ». Ainsi selon Sara Ahmed, appliquer un programme politique queer à l’espace domestique permettrait d’exposer comment nos maisons, loin d’être des espaces clos sur l’intime et le désir, sont précisément connectées aux autres (personnes, espaces) qui les entourent, via les intersections et les expérimentations qu’elles permettent. Quelles qu’elles soient, ces variations d’assemblages d’affects et de solidarité, que l’on pourrait rassembler sous le terme de familles choisies, naviguent toujours entre l’inconnu et le familier, entre l’excitation et la difficulté d’inventer ce que l’on ne connaît pas. »

Thomas Conchou est commissaire indépendant, co-fondateur du collectif curatorial Syndicat Magnifique et conservateur pour Societies, un projet parisien à but non lucratif initié par Jérôme Poggi et soutenu par la Fondation de France dans le cadre du programme Nouveaux commanditaires. En 2020-2021, il est curateur en résidence à la Maison populaire de Montreuil, un centre communautaire dédié aux pratiques artistiques et à l’éducation populaire où il s’engagera dans une recherche curatoriale centrée sur les pratiques contemporaines queer.

https://fr.thomasconchou.fr/lacliniqueduqueer

Journées portes ouvertes en ligne, du lundi 22 au samedi 27 février 2021

Les Journées portes ouvertes de l’ÉSACM auront lieu en ligne, du 22 au 27 février 2021, avec :

– un live tous les jours sur instagram @esacm_clermont

– une FAQ toute la journée du mercredi 24 janvier sur instagram

– une présentation de l’examen d’entrée et des façons de s’y préparer, vendredi 26 février, de 18h à 19h30, sur inscription => https://forms.gle/Q1JZLgd6aYEvgFeq7

 – une permanence avec des étudiant.e.s et des diplômé.e.s qui répondent à toutes vos questions en visio, le samedi 27 février, de 11h30 à 13h => https://meet.jit.si/PERMANENCEESACM 

– des créneaux pour des rendez-vous personnalisés en visio, toute la semaine, sur inscription => https://forms.gle/rU7WafAvF8LfbeTVA

Retrouvez ci-dessous une vidéo qui propose une visite virtuelle de l’école par ses étudiant.e.s, une la présentation de la formation par le directeur Emmanuel Hermange.

 

Présentation de la formation par Emmanuel Hermange, directeur de l’ÉSACM from esacm on Vimeo.

ATTENTION : L’exmen d’entrée change de forme en 2021 => En raison de la situation sanitaire, nous maintiendrons exclusivement l’entretien en le réalisant à distance via l’interface Jitsi Meet. Afin de permettre aux candidats de préparer cet entretien dans les meilleures conditions, nous leur transmettrons au préalable un ensemble d’indications et de conseils sur le déroulement et les enjeux de l’entretien. Dans ces circonstances particulières, l’entretien prend la forme d’un appel vidéo d’une quinzaine de minutes, pendant lequel un échange aura lieu autour de la pratique artistique et l’esprit de curiosité du.de la candidat.e. Bien que devant un écran, les candidat.e.s ont la possibilité s’ils le souhaitent d’investir l’espace qui les entoure, l’aménager, y placer des travaux, travailler la lumière.

 

 

Visuel par Yassine MOUSTAHLAF, étudiant de 2e année, pour l’Ultimate Desktop Challenge proposé à la communauté de l’école pendant le confinement en avril 2020.

Portrait alumni / Justine Emard, par Manon Pretto

Justine Emard a obtenu un DNSEP à l’ÉSACM en 2010. Son travail explore les nouvelles relations qui s’instaurent entre nos existences et la technologie. Cet entretien a été mené par Manon Pretto, diplômée du DNSEP à l’ÉSACM en 2020.

Comment définirais-tu ta pratique ?

Ma pratique est en perpétuelle évolution. Je n’ai pas de médium prédéfini mais je crée des dispositifs qui me permettent d’explorer à la fois le monde d’aujourd’hui et les perspectives du futur.
Mon travail se situe à la croisée de la robotique, des neurosciences, de l’intelligence artificielle et de la vie organique. En associant ces domaines de recherche, je crée des liens entre notre humanité et la technologie. Je suis toujours inspirée par le présent, les avancées du monde, et je collabore avec des laboratoires scientifiques, au Japon, en France, ou au Canada.

Avais-tu envisagé la science et les technologies comme sujet de ton parcours professionnel avant d’entrer à l’école d’art ?

J’ai toujours voulu créer des images et des formes. J’étais à l’aise dans les domaines littéraires, tout en ayant un attrait pour les sciences et le vivant. J’ai découvert l’informatique et internet, qui étaient alors à l’aube d’une révolution dans notre appréhension du monde. Les scientifiques sont constamment en train de redéfinir ce qu’est le monde, en proposant des outils pour mesurer les choses et les comprendre. Et c’est aussi ce que fait l’artiste, qui met en place des protocoles, fait des expériences, pour en extraire la poésie latente et l’exposer.

Dirais-tu que ton travail tend à rendre accessibles les sujets scientifiques et parfois complexes dont tu t’empares ? Peut-on parler d’un travail de traduction ?

Un des rôles de l’artiste est, selon moi, de poser un regard singulier sur ce qui l’entoure, et d’en proposer une interprétation. J’aime rassembler des informations, des données, des témoignages, des expériences, et les mettre à l’épreuve du réel dans une forme différente. Cette notion de traduction traverse ma pratique, en abordant aussi la question du langage, la façon d’envisager l’autre et d’appréhender le monde. C’est un chemin vers l’autre et vers ce que l’on ne connaît pas. J’aime chercher le meilleur médium pour véhiculer ma pensée et inventer de nouveaux langages. 

Soul Shift, 2019, Mori Art Museum, Tokyo © Justine Emard, Adagp, 2021

Comment, en sortant d’une école d’art, as-tu réussi à approcher cet univers scientifique ?

 Tout part toujours simplement de mon intérêt pour un domaine de recherche, un ensemble de travaux, un sujet. Je peux aborder ces questionnements selon une démarche qui n’est pas scientifique mais plastique, ce qui me laisse une grande liberté.

Dernièrement, j’ai travaillé avec le Laboratoire des systèmes perceptifs de l’ENS à Paris, autour de la matérialisation des rêves. J’ai créé un protocole, entre neurosciences et sculpture, pour imprimer des rêves en 3D grâce à un bras robotique industriel. Il s’agissait de produire des formes en céramique à partir de signaux enregistrés au plus profond de notre inconscient, et de révéler une architecture mentale. Cette expérience propose de construire la forme à partir du réservoir émotionnel que sont les rêves.

Impressions 3D en atelier, 2020 © Justine Emard, Adagp, 2021

Tu es souvent en déplacement, en France ou à l’étranger, pour des expositions ou des résidences. Peux-tu nous parler de ces expériences et de la façon dont tu organises ton quotidien de travail ?

En réalité, mon quotidien c’est le mouvement. Je suis souvent en déplacement, et ces moments de transition sont pour moi un espace privilégié pour penser, loin de la routine. Il m’arrive d’être en résidence dans des pays étrangers, en étant inspirée par le dépaysement. Il m’arrive aussi de travailler dans mon atelier à Paris, ou encore de collaborer avec des musiciens, des compositeurs, des danseurs dans un espace scénique. La scène est un champ de possibles qui m’attire.

J’aime être un jour en tournage sur une île japonaise, et le lendemain travailler avec des artisans sur une pièce unique. Dominique Gonzalez-Foerster, plasticienne et réalisatrice française a dit : « L’éparpillement me resserre. » J’adhère à cette idée, se fondre dans le monde pour en concentrer l’essence. Ce dépaysement me plaît. Il active des systèmes de pensée et met les choses en mouvement.

Parmi mes expériences à l’étranger, je viens de terminer une résidence au ZKM, le Centre d’art et médias de Karlsruhe en Allemagne. J’ai créé une installation intitulée Supraorganism, animée par un système conçu pour observer puis prédire les comportements des essaims d’abeilles. Les équipes de ce centre d’art travaillent sur la recherche muséale en rapport avec l’intelligence artificielle, et il était précieux pour moi de pouvoir échanger avec eux et de mettre en commun nos pratiques.

Supraorganism, 2020, Résidence au ZKM, Karlsruhe et à la Maison de la Musique de Nanterre © Justine Emard, Adagp, 2021
Supraorganism, 2020, Résidence au ZKM, Karlsruhe et à la Maison de la Musique de Nanterre © Justine Emard, Adagp, 2021

Quel a été ton parcours à l’intérieur de l’école ?

Je m’intéressais déjà à l’image, à ses mécanismes d’apparition. J’étais captivée par la technologie de l’image et sa matérialité. Ce travail était en quelques sortes l’archéologie de mon travail actuel. Je me rappelle avoir été initiée à la 3D par Virginie Sebbagh, intervenante à l’ÉSACM, qui modélisait des décors pour les tout premiers jeux vidéos en 3D sur ordinateur. Travailler avec elle a été une expérience féconde qui m’a aidée à renouveler mon regard. Je trouve qu’il y a une belle continuité entre ma pratique à l’école et ma pratique artistique actuelle.

Comment s’est passée la transition avec le monde professionnel après le diplôme ?

La transition s’est faite naturellement parce que je participais déjà à des résidences, des expositions, ou des scénographies pour le spectacle vivant. J’ai été sollicitée tout de suite pour une résidence expérimentale dans un laboratoire de réalité virtuelle à Clermont-Ferrand, et c’est à ce moment-là que j’ai découvert l’étendue des moyens de simulation de la réalité. J’ai eu l’envie d’apprendre à coder, à m’emparer de ces outils, tout en gardant une distance critique vis-à-vis de leurs usages. Cette immersion dans l’univers de l’informatique m’a permis de créer ma première pièce en réalité augmentée : Screencatcher, en 2011, avec l’aide du CNC (Centre national de la cinématographie), alors que cette technique n’était pas du tout utilisée dans l’art à cette époque. En écho à l’idée des « dreamcatchers » (les attrapeurs de rêves), Screencatcher révèle des images à la surface de dessins d’écrans abandonnés.

Screencatcher, 2011, Exposition au Musée d’Art Roger Quilliot (2017) © Justine Emard, Adagp, 2021

Après mon diplôme, j’ai fait de chaque expérience un rebondissement. J’ai obtenu un master en conduite de projets culturels, où j’ai appris à manipuler des budgets prévisionnels, monter des projets, négocier des partenariats afin d’acquérir une grande autonomie dans ma pratique et sa production. 

Pendant plusieurs années après l’école, il s’agit d’apprendre à être artiste. Explorer et se développer au contact de l’inconnu. Mes créations scénographiques pour le spectacle vivant m’ont amenée à la performance. La réalisation et le montage de films pour d’autres artistes et institutions (Hiroshi Sugimoto, Ange Leccia, Susanna Fritscher, Le Palais de Tokyo…) m’ont apporté des connaissances et une technicité supplémentaires dans la création de mes œuvres. 

Puis j’ai été invitée pour mes premières expositions personnelles en Norvège, en Suède, en Corée, en Colombie, au Japon, jusqu’à la Nouvelle-Zélande et le Canada.

J’ai été sélectionnée pour la Biennale de Moscou (2017). Mes œuvres ont été exposées à la Cinémathèque Québécoise à Montréal (2019), lors d’expositions collectives au Mori Art Museum ainsi qu’au MOT Museum of Contemporary Art à Tokyo (2019 et 2020) et au Frac Franche-Comté à Besançon (2020).

En 2017, j’ai été sélectionnée pour la résidence Hors les murs de l’Institut Français et la résidence internationale Tokyo Wonder Site, qui m’ont permis de vivre à Tokyo pendant plusieurs mois. Ce long temps de travail m’a procuré une stabilité précieuse dans mes relations avec mes collaborateurs au Japon. Les œuvres Reborn, Co(AI)xistence, Soul Shift et Symbiotic Rituals ont émergé de ces temps d’expérimentation et de création avec le monde de la robotique, entre 2017 et 2019.

Quelles sont tes actualités ?

Je travaille en ce moment sur un projet de commande publique pour le CNAP, Image 3.0, autour des images du futur. Un projet passionnant, pour lequel je m’intéresse aux mécanismes du neurofeedback.

J’ai plusieurs performances prévues en février 2021, avec la pièce Supraorganism et l’ensemble musical TM+, à la Maison de la musique de Nanterre, puis à la Scène musicale, à Paris.

Je participe prochainement à une exposition produite par le Barbican Center de Londres, AI—More than Human et qui sera en janvier au World Museum, à Liverpool. Il s’agit d’une exposition de grande envergure, qui explore les développements créatifs et scientifiques autour de l’intelligence artificielle, en montrant son potentiel à révolutionner nos vies. De la machine à calculer de Blaise Pascal jusqu’aux derniers développements de l’intelligence artificielle.

Co(AI)xistence, 2017, Vue d’exposition “AI more than Human” au Groningen Forum
. © Stella Dekker

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instagram :  justineemard

Crédit photo portrait de Justine Emard ©  Jean-François Robert pour Télérama