ALUMNI / Portraits diplômé / Florent Poussineau

Florent Poussineau obtient son DNSEP à l’ÉSACM en 2015. Fils de pâtissier, il poursuit ensuite son cursus par une formation Design & culinaire à l’ESAD de Reims. Aujourd’hui, il est artiste et propose, à travers diverses expositions collectives et personnelles en France et à l’étranger, un travail à la croisée de la performance, la vidéo et l’installation, traversé par des explorations culinaires et un attachement aux métiers de bouche. 

Exposition « Esthétique éphémère » à la galerie Premier Regard.

Quelles sont vos actualités ?

En raison de l’épidémie de COVID-19, ma programmation 2020 est quelque peu chamboulée. Et ce qui devait être présenté au printemps est déplacé à l’automne ou reporté à l’année prochaine. La prochaine exposition personnelle «Transmission» sera présentée du 25 septembre au 10 décembre 2020 à la Maison des arts d’Aime. Suivra de novembre à janvier l’exposition personnelle « Sensibilité idéale » présentée à l’École municipale des beaux arts de Chateauroux. Puis  une résidence au Palais des paris à Tokyo est programmée en début d’année prochaine, ainsi qu’une résidence-mission, organisée par le Centre d’art le Lait, dans le centre pénitentier d’Albi.

Pouvez-vous nous parler des projets passés qui ont compté ?

Tout a compté. Toutes les étapes méritent de compter, les erreurs comme les réussites, mais avant tout ce sont les rencontres qui m’ont le plus marqué. Une première exposition personnelle dans une galerie est une exéprience mémorable, en particulier dans le cas où elle est accueillie à la galerie Tator à Lyon où Marie Bassano, Laurent Lucas et Félix Lachaize proposent une programmation d’artistes émergeants. J’ai aussi vécu une première exposition personnelle dans une galerie parisienne, grâce à l’accueil de Laurence Fontaine et Laurence Poirel à la galerie Premier Regard. Cette exposition m’a permis de travailler ensuite avec Catherine Baÿ à The Window. Les voyages à l’étranger apportent aussi leur lot d’apprentissage concret du monde artistique. J’ai réalisé une résidence dans le sud du Japon, une autre à Beyrouth, une exposition personnelle dans une galerie new-yorkaise et également une résidence en Hollande. Organisée en collaboration avec Tair-Pair et SIGN à Groningen, cette résidence a permis de rencontrer Klaas Koetje (artiste plasticien et dirigeant de SIGN), qui est pour moi un fidèle alié et maître artistique.

Exposition « Générosité égoïste » à la galerie Tator

À quoi ressemble votre quotidien de travail ?

C’est un quotidien changeant qui n’a rien de routinier. Mon travail se divise en plusieurs étapes avec des intensités différentes. Un temps de recherche et de montage de dossiers afin de répondre aux appels ou de candidater, et un temps de réflexion et création à l’atelier. En ce moment je suis résident à la Fileuse-friche artistique de Reims, et ces résidences sont le moment où les pièces pérennes sont mises en forme avant d’être déplacées dans les futures expositions ou livrées à des collectionneurs. Pour le reste du temps, soit environ la moitié de l’année, je suis en déplacements, lors de résidences artistiques à l’étranger ou en France, ou pour monter mes expositions. La durée du séjour est souvent plus longue qu’un simple montage car je fais beaucoup de médiation artistique autour de mon travail. Valorisant une formation culture/santé reçue par la Drac et l’ARS, avec un public très varié, je propose des ateliers à des publics enfants, adolescents et leurs parents, mais également à des résidents d’EPHAD et des personnes en situation de handicap physique et/ou mental.

En quoi la formation culture/santé que vous évoquez a-t-elle infusé votre travail ? 

Suite à une résidence-mission, la DRAC et l’ARS ont invité différents acteurs de la médiation artistique à réfléchir ensemble aux questions de l’environnement et de la transmission liées à la santé. Ce n’est pas de l’art thérapie, mais l’association d’un élément étranger à une équipe soignante, pour faciliter l’expression et la compréhension artistique. Ces propositions s’adressent à des groupes de personnes qui n’ont aucun accès à l’art et ne peuvent pas se rendre dans des lieux sociaux-culturels.

Ces expériences ont infusé mon travail en m’imposant d’adapter mon discours, car le public n’a pas toujours la même culture artistique ni le même regard sur l’art contemporain, l’abstraction, la performance. En parler peut être parfois compliqué. De ce fait, ces échanges peuvent être enrichissants pour tous, en abordant la question du lien avec le beau, l’utilité d’une pièce artistique, la philisophie, l’architecture d’une peinture, etc.

À propos de médiation artistique, comment avez-vous commencé à vous intéresser à ces questions ?

Simplement par étapes, d’intervention en intervention, et ce dès le début de mes études en classe prépa où l’on m’a demandé d’intervenir auprès de centres aérés pour réaliser des fresques collectives dans la ville de Chateauroux.

Toutes les galeries et centres d’art ne se trouvent pas dans des grandes villes, et leur but est de rendre accessible la recherche artistique au plus large public. En zone rural il est très facile d’être soutenu et demandé pour ces actions.
À l’inverse, dans les grandes villes, les préoccupations vont être de démocratiser l’art, à des endroits où il est parfois resté élitiste.

Comment s’est passée pour vous la transition entre le diplôme et la vie professionnelle ?

Plutôt simple à dire, moins à réaliser. Il faut utiliser l’environnement offert par une école pour un début de carrière artistique. L’école est d’abord un lieu d’apprentissage, mais les personnes qui la composent font partie d’un réseau qui permet de provoquer des opportunités et des rencontres. Pendant les études, il faut se rendre aux vernissages, aller voir des expositions, visiter des ateliers. Il faut pleinement tirer partie des opportunités offertes à un.e jeune étudiant.e. Suite au DNSEP à l’ÉSACM, j’ai consacré une année à travailler sur un dossier de candidature pour le post diplome Design et culinaire à l’ESAD Reims. Parallèlement je partageais l’atelier de Corentin Massaux aux Ateliers du Brezet et je montrais le résultat de ce travail à La Cabine (espace de monstration/atelier à Clermont-Ferrand, fermé depuis). À la fin du post diplome, j’ai intégré la pépinière de l’ESAD Reims et j’ai quitté mon job alimentaire pour prendre le risque de vivre du métier pour lequel j’ai étudié 6 années.

En quoi votre activité fait écho ou non à votre parcours et à vos choix lorsque vous étiez étudiant à l’école ?

Mon activité professionnelle est intimement liée à cette école. J’espère que c’est toujours le cas, mais lorsque j’étais étudiant à l’ÉSACM il était possible pour des personnes qui n’avaient pas de baccalauréat de pouvoir faire des études supérieures. Ayant arrêté mes études à 15 ans, les études aux beaux arts étaient une véritable porte de sortie. Graçe à une dérogation accordée par Muriel Lepage, la directrice en 2010, il m’a été permis de faire des études supérieures.

C’est durant la troisièmes année aux beaux arts que mes premières recherches artistiques liées au culinaire se sont développées, pendant un cours de volume dispensé par Roland Cognet et Stéphane Tidet. Le budget du DNAP (aujourd’hui le DNA, Ndlr) et l’utilisation de l’atelier volume m’ont permis de créer la colonne d’éclairs au chocolat, avec 500 éclairs pour la première et 1000 pour la seconde.

 

 

 Quel est le rôle d’un artiste pour vous ?

Un artiste plasticien met en forme, plastiquement, une recherche philosophique, poétique ou une pensée. À la manière d’un chercheur ou d’un scientifique, il doit avoir une bonne connaissance des travaux réalisés précédemment par ses paires et tentera de les faire évoluer, de les transmettre au plus grand nombre. Le métier d’artiste plasticien est complexe et demande beaucoup d’énergie, mais désormais je ne peux et ne veux plus rien faire d’autre.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Les envies sont variées. Ma préoccupation première est de continuer à produire une recherche artistique intéressante, continuer à rencontrer des personnes passionantes et d’en apprendre plus sur les interactions sociales à travers le monde. En ce qui concerne les projets qui arriveront dans les prochaines années, il y a l’envie grandissante de devenir professeur en école d’art, et une série d’ouvrages en cours de rédaction. Ce ne sont pas les idées qui manquent et certaines envies qui deviennent concrètes procurent beaucoup d’émotion.