Rencontre avec le réalisateur Stéphane Gérard à l’occasion de sa résidence de recherche et de création à l’ÉSACM, du 15 au 26 juin, autour de la mémoire de Lionel Soukaz.
Le cinéma expérimental de Stéphane Gérard se concentre sur les luttes politiques et l’histoire des représentations du genre, de l’orientation sexuelle, du VIH/sida et des personnes racisées. Son travail s’accompagne d’une réflexion sur les archives audiovisuelles, la programmation (Cinémathèque française, Anthology Film Archives) et la distribution au sein du collectif What’s YourFlavor?, dédié au cinéma expérimental queer en France. Sa collaboration avec Lionel Soukaz (1953–2025), réalisateur engagé dès les années 1970 au sein du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire), s’inscrit dans cette attention portée aux archives. Soukaz est notamment l’auteur, avec Guy Hocquenghem, de Race d’Ep, histoire d’un siècle d’homosexualité (1979), ainsi que du Journal Annales, vaste ensemble de plus de 2 000 heures d’images, à la fois document historique et œuvre autobiographique, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France. De 2009 jusqu’à son décès en 2025, Stéphane Gérard collabore avec lui à la réalisation de films de montage à partir de ces bandes, donnant lieu notamment à deux coréalisations En Corps + en 2021, présenté au Mucem dans le cadre de l’exposition « VIH/sida : l’épidémie n’est pas finie » en 21-22, et Artistes en Zone Troublés présenté pendant l’exposition « Exposé·e·s » au Palais de Tokyo en 2023).
Prolongeant ce travail au long cours sur les archives, leur préservation et leurs réactivations possibles dans le présent, cette résidence s’inscrit dans le cadre du cycle de recherche « Archives/Dormance » que l’ÉSACM a initié dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026. Ce cycle prend la forme de résidences, de workshops et d’un colloque étayé par une programmation cinéma et une exposition. Il prend pour point de départ la recherche de Sido Lansari, artiste et chercheur à la Coopérative de recherche, dont le travail met en lumière le manque de représentations des personnes d’origine nord-africaine dans l’histoire LGBTQIA+ en France.
Ce cycle questionne les méthodes et les formes capables de réunir les conditions d’activation de ces archives défaillantes ou empêchées, et ainsi pose les bases d’une réflexion élargie sur la fabrique de récits contemporains et sur la possibilité d’une archive vivante, ouverte aux déviations et aux devenirs.
Projection du documentaire La Machine avalée, 15min.
« Voilà l’histoire d’une machine qui ne se nomme pas elle-même et produit des images qui peuvent rendre malade, qui donnent la nausée. Avalée par certains puissants, faiseurs de médias et distributeurs de culture, elle reproduit ses stéréotypes auprès de générations de nouveaux regards. Mais tous ne sont pas égaux devant ces images. Les jeunes noirs de France n’y trouvent pas les réponses à leurs questions. À force de cacher leur reflet dans le grand miroir culturel, cette machine avalée nourrit la colère. Finirait-elle par travailler à sa propre perte ? »
Légende image : © Stéphane Gérard / Collectif Jeune Cinéma

Présentation Saison Méditerranée 2026
À Marseille en juin 2023, le Président de la République a annoncé l’organisation d’une Saison Méditerranée en 2026 pour faire émerger des projets communs de toutes les rives de la Méditerranée.
La Saison Méditerranée 2026 met en valeur la richesse et la diversité des cultures méditerranéennes. Elle célèbre les artistes, les créateurs et les créatrices et les jeunes talents de ces régions, en valorisant les échanges culturels et humains.
Portée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministère de la Culture en lien avec la Délégation interministérielle à la Méditerranée, la Saison Méditerranée 2026 est mise en œuvre par l’Institut français sous le commissariat général de Julie Kretzschmar.
La Saison Méditerranée, après une ouverture populaire et festive à Marseille, se déroule principalement en France, sur l’ensemble du territoire, entre le 15 mai et le 31 octobre 2026.
Elle rayonne sur les rives de la Méditerranée à travers l’organisation de plusieurs événements en lien avec les scènes artistiques, les structures culturelles de la région et le réseau diplomatique français à l’étranger.
Cette Saison est l’occasion de valoriser les initiatives des jeunesses et des diasporas, accompagner la création et l’innovation par la circulation des idées et des personnes et encourager les coopérations entre les sociétés civiles, en particulier avec le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et le Liban.La Saison a proposé 5 thématiques pour adresser les questions contemporaines en commun : les utopies spéculatives, les identités plurielles, les spiritualités contemporaines, l’histoire collective des migrations, la construction des récits.
1. Les utopies spéculatives
– Modes de vies, fragilisation et nouvelles adaptations, initiatives environnementales ;
– Solidarités et pratiques collectives autour de la réparation et de la préservation du vivant.
La mer Méditerranée est une zone de vulnérabilité au cœur des urgences climatiques, propice à l’invention de pratiques qui relient justices sociale et environnementale pour un monde durable.
2. Les identités plurielles
– Hybridation, fluidité, multiplicité et agentivité des identifications ;
– Mixage de langues, créolisation linguistique.
La réinvention d’identités plurielles, notamment incarnées par les jeunes générations, produit des représentations alternatives et inclusives qui conjuguent identités particulières et imaginaires transculturels.
3. Les spiritualités contemporaines
– La réinvention et la transformation des rituels ;
– Les transmissions et les héritages.
Comment l’empreinte des spiritualités contemporaines pénètre les univers séculiers et les quotidiens dans les cultures des rives de la Méditerranée, comment celles-ci habitent et mettent en partage les cultures populaires ?
4. L’histoire collective des migrations
– Les histoires mémorielles et biographiques
– Les histoires des binationauxLes mémoires des migrations, les histoires diasporiques peuvent être vectrices d’un socle pour penser le commun et le présent, et composer, depuis les parcours et les patrimoines, un récit national vivant et contemporain.
5. La construction des récits
– Documenter le présent, archives vivantes ;
– Mettre en fiction le réel.
Les sociétés civiles sont mobilisées sur les enjeux globaux et initiatrices de nouveaux dialogues entre les individus, les systèmes étatiques et les régimes de pouvoir.