Amélie Sounalet

 

« Dans un établissement public, dans un espace privé, dans une rue, dans une usine, dans un bureau, dans un lieu d’exposition…

Qui est cet objet ? Pourquoi et pour qui est-il ici ?

Le travail commence par une approche sensible des lieux que je traverse, que j’étoffe d’une approche historique. Je me demande quels types de populations utilisent ces endroits, et comment elles le font. J’analyse les formes, les matériaux et les objets qui composent chaque espace. Je cherche des présences et des comportements insensés et je joue avec. Je propose des relectures de ces espaces. Chaque proposition plastique se greffe à un contexte d’exposition. »

Coline Saglier

Lény Labeaume

À travers l’exploration des technologies analogiques, Lény Labeaume offre aux flux énergétiques des lieux de fixation éphémères et évolutifs. Ses sculptures déclinent des modes d’appréhension d’un déjà- là vibratoire qui autrement resterait inaccessible aux sens. En révélant l’inaudible, elles répondent à un désir de panauralité (D. Kahn), et proposent au spectateur de faire l’exploration corporelle de ces ondulations invisibles et pourtant omniprésentes, parfois au travers de dispositifs passifs ou d’objets inopérants qui témoignent d’un travail de réception comme activité en soi.

Sans seulement faire la démonstration d’un attrait nostalgique pour l’histoire des techniques, sa pratique opère par rétrocipation (A. Pierre) : en réactivant des technologies analogiques rendues obsolètes par le numérique, il en écrit une histoire alternative où le signal continu trouverait une existence plastique. Ce déplacement est permis par la fabrication et le détournement de dispositifs qui perdent leur utilité supposée, se comportent et interagissent entre eux de manière quasi-autonome.

Enregistrement audio du déplacement d’un spectateur dans l’espace.

Caroline Herbach

« C’est l’histoire d’un fil.
Un fil qui relie toutes les histoires entre elles et qui les raconte,
mais ce fil ne sait pas trop comment s’y prendre.
Il ne sait pas bien raconter. Ce n’est qu’un fil.

Mais c’est le fil de l’histoire,
Celui qui lie les mots.
Celui que l’on coud.
Celui que l’on tisse.
Celui que l’on tricote.
Celui que l’on teint.
Celui que l’on file.
C’est le fil qui fait l’étoffe.
C’est le fil de la trame, d’une vaste toile, où s’entrecroisent grandes et petites histoires, contrées proches et lointaines,
le passé et le présent, la fable et le réel.
C’est une matrice.
C’est un tout.
Un point de départ et un point d’arrivée.
Ce sont des images qui filent et des paysages qui défilent.
C’est le fil de l’histoire universelle.
C’est le fil qui tient le monde et qui habille ceux qui l’habitent.

C’est un fil, un regard perdu sur d’autres mondes.

Une histoire de fils, de mots, de gestes, de métamorphoses, d’êtres, de paysages, de rencontres et d’objets.  »

Chapitre 0 : Le récit cadre, AMA, 2019, extrait mémoire DNSEP

Laurane Chauderon

Les visages sont proches et forment la chair du désert.
Evidemment, j’ai très faim, et je garderais bien tout, au fond de mon ventre.
C’est là que naissent les paysages de l’affect, et s’estompent avec le temps.
Par touches, la lumière module les vanités que vous êtes pour moi.

Plus que les mémoires se croisent,
comme des bouts de mots qui n’appartiennent pas au même espace-temps.
Toi et moi, nulle part.
Un va et vient, sans début ni fin,
retenu entre deux.

Ce croisement a valeur de trace, la fiction pour mot, témoin d’une réalité sensitive.
C’est un je que l’on trouve. C’est un jeu pour jouer avec toi.

Clélia Barthelon

J’aimerais vivre de folles aventures qui aboutiraient à des découvertes majeures.

Tous les moyens sont bons ; l’exploration, les cartes, les livres, Internet, YouTube, Instagram.
Le chemin est semé d’embuches et le résultat n’est jamais celui escompté.
Les choses ont une forte tendance à apparaître pour mieux disparaître, et vice versa.

Les paysages embrumés se heurtent à la vie ordinaire,
la fumée rencontre les paillettes,
les fantômes traversent les écrans,
l’expérience est commune et la fête est mélancolique.

On passe de grottes en grottes.
Les paillettes tentent d’étouffer un effacement certain.

Il restera des vidéos qui prouvent ces aventures, des sérigraphies monstrueuses ou fantomatiques, des performances de lecteurs silencieux ou encore des piñatas de mammouths sacrifiés, remplis de paillettes.
Puis l’on se retrouve devant la cheminée, où l’on ramène ses trophées.

Une fois par semaine, une nouvelle aventure est visible sur internet
https://www.youtube.com/channel/UCe6KobzXtuJZnCp2qU9-_Dg

Benjamin Debord

J’ai un jour entendu Jean-Yves Jouannais dire à une salle remplie d’étudiants en école d’art qu’il leur souhaitait de trouver leur obsession. Benjamin à trouvé la sienne : faire, apprendre du faire, apprendre à faire. Les objets qu’il façonne font d’ailleurs bien savoir qu’ils sont faits de savoir-faire. Ceux-ci sont étudiés et appris grâce à l’outil internet qui présente une multitude de tutoriels, notices, blogs, etc. dans lesquels nombre de passionnés, professionnels ou amateurs, expliquent leurs manières de faire. Quant aux formes, elles sont toutes évocatrices d’objets existants et manufacturés qu’il traduit de manière empirique, en les confrontant à des techniques artisanales. Ce rapport à l’objet se retrouve aussi dans la notion de fonctionnalité, que Benjamin interroge dans son travail en lui donnant un potentiel d’activation, qu’il soit latent ou effectif. Le basculement dans le champ de la sculpture s’opère par l’utilisation de matériaux choisis pour leur qualités plastiques. Une ambiguïté s’installe alors entre sculptures à manipuler et objets à regarder. Tout est fabriqué. On est pas loin du « do it yourself » mais avec cette dose de patience, d’énergie et d’obsession qui font naître les objets d’art. Et cette part de lui-même mise dans ses sculptures est perceptible, que ce soit du bout des doigts ou à bras le corps.

Corentin Massaux