Journée d’étude « Laine, réalités d’une filière »

La  journée d’étude « Laine : Réalités d’une filière », organisée par l’ÉSACM, explore les relations entre pratiques artistiques, production textile et territoires. Elle met en discussion les conditions concrètes d’existence d’une filière, la laine, depuis l’élevage, les ressources et savoir-faire locaux, jusqu’aux formes contemporaines de recherche et de création. Cette journée permettrait d’articuler analyse des structures de production et réflexion esthétique autour des matériaux, des gestes et de leurs contextes.

Une journée qui s’inscrit dans le cadre de la Biennale Textile, et est soutenu par la Région Auvergne Rhône Alpes dans le cadre de son action de soutien au développement territorial de l’enseignement supérieur.

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PROGRAMME COMPLET

 

9h-9h15  Mot d’ouverture – Céleste Cherche, Zoé Haller et Philippe Eydieu 
Lancement de la performance de Céleste Cherche
9h20–9h40 — Lecture
Anni Albers En tissant, en créant, Anni Albers, par Clara Salomon. Introduction de la journée par une réflexion sur le textile comme pratique, comme matériau et comme médium artistique.
9h45–10h45 — Table ronde 1 : Textile
Clara Salomon, Sabrina Calvo – modération  par Rada Boukova
À partir de la place du textile dans l’histoire de l’art et de l’œuvre d’Anni Albers, cette table ronde élargit la réflexion à ce qui entoure le matériau de la laine : qu’est-ce que la création artistique fait à une matière et à une filière ; comment les artistes s’en emparent et en font un objet d’exploration, de création ou d’investigation ?
Les intervenant·es :
Sabrina Calvo est une écrivaine, dessinatrice, scénariste et conceptrice de jeux vidéo.
Clara Salomon — Artiste textile et autrice, elle mène une recherche sur les pratiques textiles contemporaines et a traduit les écrits d’Anni Albers. Son travail articule création, artisanat, histoire des techniques et recherche.
11h–11h20 – Lecture
Élever, Elsa Sanial, éditions Sahus Sahus, 2025.
11h20-12h30
11h20–12h30Table ronde 2 Filmer, écrire, éditer
Elsa Sanial, Marc Perrin, Emmanuelle Cheyns, modérération par Nelly Girardeau et Anthony Poiraudeau.
Cette table ronde interroge les relations entre pratiques artistiques, recherche et production de savoirs. À travers l’écriture, l’édition et le film documentaire, les intervenant·es reviendront sur les différentes manières de documenter des pratiques, des territoires et des mondes professionnels, et sur les formes de transmission qu’elles rendent possibles.
Elsa Sanial – Géographe de formation, elle est éleveuse de brebis en Haute-Loire et autrice de Élever, publié aux éditions Sahut Sahut en 2025.
Marc Perrin – Artiste et éditrice, cofondatrice de la maison d’édition Sahut Sahut, elle développe un travail autour de l’écriture, de l’édition et des formes de recherche artistique.
Emmanuelle Cheyns – Sociologue, ses recherches portent sur les politiques agricoles, les mondes ruraux, les filières de production et les transformations du travail agricole. Elle réalise également des films documentaires à partir de ses recherches et de ses enquêtes de terrain, dont Une montagne sous contrat.
12h30–14h – Déjeuner
14h–14h40  – Projection du film documentaire Une montagne sous contrat, réalisé par Emmanuelle Cheyns.
14h45–15h45 – Table ronde 3
Que produit la laine ? Élevage, travail, territoire
Elsa Sanial , Daphné Kaincz, Emmanuelle Cheyns, modération par Céleste Cherche
À partir des expériences d’une éleveuse, d’une bergère et artiste et d’une sociologue, cette table ronde propose de croiser différents points de vue sur les transformations économiques et écologiques qui affectent les pratiques agricoles et pastorales. Croiser expérience professionnelle, pratique artistique et enquête sociologique afin d’interroger ce que la laine donne à voir des transformations du travail agricole et des territoires ruraux.
Les intervenant·es :
Elsa Sanial – Géographe de formation, elle est éleveuse de brebis en Haute-Loire et autrice de Élever, publié aux éditions Sahus Sahus en 2025. Son travail articule expérience de l’élevage, territoire, écriture et réflexion sur les mondes pastoraux.
Daphné Kaincz – Bergère et artiste, elle développe une pratique à l’articulation de l’élevage, du territoire et de la création artistique. Elle participe à cette table ronde à partir de cette double expérience.
Emmanuelle Cheyns – Sociologue, ses recherches portent sur les politiques agricoles, les mondes ruraux, les filières de production et les transformations du travail agricole. Son approche permet de mettre en perspective les expériences de terrain et les transformations plus larges des mondes agricoles.
16h30–17h30 — Table ronde 4
Transformer la laine – Filière, savoir-faire et création
Nadège Blanchot, Clara Salomon, Audrey Souchard et Marguerie Soulier, -modération par Céleste Cherche
Produire de la laine ne constitue que le premier moment d’une chaîne de transformations qui engage des savoir-faire, des structures, des économies et des pratiques artistiques. Cette table ronde s’intéresse à ce qui se joue entre la matière produite et ses différentes formes de valorisation : transformation, structuration de la filière, circuits courts, transmission des savoir-faire et nouveaux usages du matériau. La discussion interrogera les conditions de développement d’une filière locale et les possibilités de rencontre entre production, transformation, savoir-faire et création contemporaine.
Les intervenantes
Nadège Blanchot – Gérante de la SCOP Terre de Laine, elle œuvre au développement de la filière laine et à la valorisation des ressources locales. Son activité s’inscrit dans une démarche de structuration et de développement d’une filière territoriale.
Clara Salomon – Artiste textile et autrice, elle mène une recherche sur les pratiques textiles contemporaines et a traduit les écrits d’Anni Albers. Son travail articule création, artisanat, histoire des techniques et recherche
Audrey Souchard – Pôle Laine – Les Ateliers de la Bruyère, Saugues
Marguerie Soulier est artiste, designer textile et bergère saisonnière.

Exposition « human slop » par l’artiste Htet AUNG LWIN

L’artiste birman queer Htet Aung Lwin clôture sa résidence à l’ÉSACM, initiée en janvier 2026, par une exposition monographique dans les salles d’exposition du 3e étage de l’école.

« human slop » est une ode aux façons de créer générée par l’homme et axées sur le processus. C’est une célébration de la nature vulnérable de la création et du fait de présenter son œuvre au monde, en sachant parfaitement qu’elle n’est peut-être pas la meilleure qui ait jamais été réalisée, mais qu’elle existe bel et bien. L’artiste ne cherche pas à lutter contre l’IA générative, mais plutôt à polluer les sphères dans lesquelles le «AI slop* » est consommée et consommée. Il espère remettre en question la manière dont nous interprétons et attribuons de la valeur à une œuvre, en abordant la création sous un angle mémétique. La nature post-ironique de l’œuvre a abouti, selon ses propres termes, à un retour à une sincérité totale.

Htet Aung Lwin est un·e conteur·euse qui travaille principalement avec les langages du cinéma et de la photographie, bien qu’iel s’identifie avant tout comme écrivain·e. Son travail explore les complexités du genre et de la sexualité, ainsi que la transformation de l’identité à travers la narration expérimentale.

« Pour moi, la liberté artistique consiste à créer malgré le gouvernement et les pouvoirs en place. Elle honore la partie la plus pure d’une personne qui souhaite créer et s’exprimer en toute sincérité. Elle est aujourd’hui devenue un privilège, même si cela ne devrait pas être le cas. Mais c’est un privilège que j’accepte avec une certaine culpabilité du survivant, une frustration récurrente et, finalement, un bref dépassement de celle-ci. »

Cette résidence bénéficie du soutien du programme PAUSE, programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil, du Collège de France. Elle fait suite à une première résidence de 6 mois que Htet Aung Lwin avait réalisée en 2024 grâce au programme EMPM (EU Mobility Programme for Myanmar) porté par Campus France.

→ Exposition du 15 au 19 septembre
Vernissage le 15 septembre à 18h
Du 16 au 18 septembre entre 9h et 16h sur rendez-vous
En visite libre le samedi 19 septembre, de 10h à 17h

 

*Littéralement « bouillie d’IA », désigne la surabondance de contenus numériques de faible qualité (textes, images, vidéos ou sons) générés massivement par des intelligences artificielles dans l’unique but de capter l’attention et de générer des clics.

 

 

École fermée du 27 juillet au 14 août 2026 inclus

L’école fermera ses portes pour 3 semaines cet été, entre le 27 juillet et le 14 août 2026.

La réouverture est prévue le lundi 17 août 2026, de 9h à 12h30 puis de 13h à 16h30, du lundi au vendredi.

 

 

14 – Sofiia YEVLANINKOVA – Biennale de Saint-Flour 2026

Dos courbés
Sofiia YEVLANINKOVA

Chute de tissu, fil à coudre.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

13 – Cyrille SENEZE – Biennale de Saint-Flour 2026

Les voies lactées
Cyrille SENEZE

Tricycle modifié, bois de noisetier, ficelle, bidon en aluminium, tube PVC, lentille de rétroprojecteur, photographie (solarigraphie et photogramme, procédé cyanotype sur biscuit céramique).

 

À la croisée des chemins entre représentation du paysage et réflexion sur les activités paysannes qui le façonnent, la piste que j’ai suivie remanie outils et logique de réemploi, qui m’ont été transmis dans la ferme où j’ai grandi. A partir des bidons à lait qu’utilisait mon père, j’ai conçu un atelier nomade de prise de vue par chambre noire, mu par un tricycle évoquant les tournées de collecte. La lenteur des déplacements et des poses conditionne le regard sur territoire.
Le dispositif produit en un geste direct des cyanotypies rondes sur céramique. Ces images-objets réinterprètent couleur et motifs des faïences de Delft qui ont tant nourri les imaginaires de la ruralité.
L’image en négatif déplace le regard vers une forme de poème visuel, à l’ambiance quasi nocturne, où l’empreinte laissée par un brin d’herbe dialogue avec la course de l’étoile qui l’a fait pousser. Où les traces des interventions humaines se font plus discrètes, et ne subsiste, alors, qu’une interface entre le ciel et la terre.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

12 – Noah SALGADO – Biennale de Saint-Flour 2026

Sans titre
Noah SALGADO

Gouttière, plastique, résine, structures en acier peint, pompe, tuyaux, robinet.

 

Excès de pression est traversé par une présence constante et mouvante de l’eau dans le territoire. Construite à partir d’éléments trouvés et assemblés, la sculpture intègre dans sa forme une fontaine en circuit fermé. Les différents déplacements de l’eau dans la cabine rappellent le chemin qu’elle emprunte, au fil des saisons, à travers le territoire : la fonte des neiges filtrée et stockée par la narse de Nouvialle, qui s’écoule ensuite jusqu’à Saint-Flour.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

11 – Romain POSTEL – Biennale de Saint-Flour 2026

 

 

La narse
Romain POSTEL

Vidéo, 1m43.

Cette vidéo mêle des photographies d’une carrière de diatomite, exploitée à Murat par la société minière Imérys, et des images de la Narse de Nouvialle. Cette zone humide, dont l’activité pastorale a su contribuer à préserver l’écosystème unique et riche, se trouve aujourd’hui menacée par l’exploitation minière. Elle est en partie la propriété d’Imérys, qui convoite son gisement de diatomite.
Par le photomontage, ces deux espaces se superposent pour faire émerger une fiction d’anticipation où se dessinent plusieurs futurs possibles. À travers un jeu de construction et de déconstruction d’une carrière hypothétique, la vidéo laisse entrevoir un futur dystopique, où sous-sol et paysage seraient irréversiblement altérés.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

10 – Madeleine HOUZE – Biennale de Saint-Flour 2026

L’estive comme palimpseste
Madeleine HOUZE

Bande papier thermoréactif et système motorisé.

Ce projet photographique explore un déplacement, une dérive le long d’une draille. La série restitue une déambulation humaine dans les traces ovines. Je m’inscris dans un sillon préexistant, creusé par le passage des brebis lors de la transhumance. L’animal est à l’origine de l’altération du sol. L’humain devient suiveur, sa trajectoire peut être dictée par une activité agricole. Je cherche ainsi à recentrer l’animal comme acteur de la transformation du paysage, en suggérant que toute activité génère une forme, une matière, une image. La forme motorisée propose à voir une boucle d’images sans en distinguer les marqueurs de début ou de fin. La verticalité de cette installation ainsi que le format des images confèrent à la restitution photographique une forme séquencée qui défile à la manière d’une projection en 35 mm. Au dos, les images se retrouvent inversées, tête en bas. De ce côté, l’image n’est plus lisible, plus disponible. Le déroulement motorisé des images est dépendant d’un cycle. Celui du déplacement d’un point A à un point B. L’intégralité de la séquence sera visualisée seulement si le cycle est abouti.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

9 – Shitong HE – Biennale de Saint-Flour 2026

Sans titre
Shitong HE

Blocs de sel / protocole d’échange, photographie.

À Valuéjols, cette pièce s’élabore à partir d’un protocole d’échange avec l’éleveur autour d’un objet très ordinaire du pâturage : le bloc de sel. Posé à un endroit fixe et librement accessible aux animaux, il relie discrètement l’éleveur, les animaux, le sol, la météo et les usages du lieu.
Avec l’accord de l’éleveur, un bloc neuf vient en remplacer un autre, déjà usé, façonné par les animaux, la pluie, la terre et le temps. Autour de ce geste, quatre approches photographiques déploient différentes narrations du lieu. Le pastoralisme n’apparaît pas ici comme un simple paysage rural, mais comme une manière d’habiter fondée sur des gestes répétés, l’attention et une cohabitation entre vivants. Cette pièce entre ainsi dans la chaîne d’usages et de cohabitations à laquelle ce bloc appartient déjà.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

8 – Coline JARES – Biennale de Saint-Flour 2026

Sans titre
Coline JARES

Photographie.

Il est huit heures du matin. Dans la brume et la boue, l’éleveur appelle ses vaches une par une ; elles reconnaissent leur prénom et défilent pour se faire traire. Assister à ce quotidien, observer la relation entre l’éleveur et ses animaux, m’a beaucoup touchée. J’y vois une attention constante et une gestuelle empreinte de soin. La couverture pour veau, objet fonctionnel destiné à soigner l’animal, devient ici le support de ma réflexion. En la créant et en la personnalisant, je détourne cet objet utilitaire pour lui donner une portée symbolique : celle d’un lien tissé, d’un soin que j’apporte, à ma manière. J’ai souhaité offrir cette couverture afin qu’elle vive au sein de l’exploitation, qu’elle devienne un témoin de l’attention portée aux bêtes et des rencontres vécues sur le territoire de Valuéjols. Là où le quotidien se construit, dans cet abribus, les étables ou les champs, j’aime laisser un bout de cette histoire. La photographie, puisque la couverture n’est pas exposée, sert ici de trace et de mémoire de ce don et des temps partagés.

Merci à Emmanuel Tuphé et à Manon Lannez pour leur implication et leur aide précieuse.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.