14 – Sofiia YEVLANINKOVA – Biennale de Saint-Flour 2026

Dos courbés
Sofiia YEVLANINKOVA

Chute de tissu, fil à coudre.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

13 – Cyrille SENEZE – Biennale de Saint-Flour 2026

Les voies lactées
Cyrille SENEZE

Tricycle modifié, bois de noisetier, ficelle, bidon en aluminium, tube PVC, lentille de rétroprojecteur, photographie (solarigraphie et photogramme, procédé cyanotype sur biscuit céramique).

 

À la croisée des chemins entre représentation du paysage et réflexion sur les activités paysannes qui le façonnent, la piste que j’ai suivie remanie outils et logique de réemploi, qui m’ont été transmis dans la ferme où j’ai grandi. A partir des bidons à lait qu’utilisait mon père, j’ai conçu un atelier nomade de prise de vue par chambre noire, mu par un tricycle évoquant les tournées de collecte. La lenteur des déplacements et des poses conditionne le regard sur territoire.
Le dispositif produit en un geste direct des cyanotypies rondes sur céramique. Ces images-objets réinterprètent couleur et motifs des faïences de Delft qui ont tant nourri les imaginaires de la ruralité.
L’image en négatif déplace le regard vers une forme de poème visuel, à l’ambiance quasi nocturne, où l’empreinte laissée par un brin d’herbe dialogue avec la course de l’étoile qui l’a fait pousser. Où les traces des interventions humaines se font plus discrètes, et ne subsiste, alors, qu’une interface entre le ciel et la terre.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

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12 – Noah SALGADO – Biennale de Saint-Flour 2026

Sans titre
Noah SALGADO

Gouttière, plastique, résine, structures en acier peint, pompe, tuyaux, robinet.

 

Excès de pression est traversé par une présence constante et mouvante de l’eau dans le territoire. Construite à partir d’éléments trouvés et assemblés, la sculpture intègre dans sa forme une fontaine en circuit fermé. Les différents déplacements de l’eau dans la cabine rappellent le chemin qu’elle emprunte, au fil des saisons, à travers le territoire : la fonte des neiges filtrée et stockée par la narse de Nouvialle, qui s’écoule ensuite jusqu’à Saint-Flour.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

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11 – Romain POSTEL – Biennale de Saint-Flour 2026

 

 

La narse
Romain POSTEL

Vidéo, 1m43.

Cette vidéo mêle des photographies d’une carrière de diatomite, exploitée à Murat par la société minière Imérys, et des images de la Narse de Nouvialle. Cette zone humide, dont l’activité pastorale a su contribuer à préserver l’écosystème unique et riche, se trouve aujourd’hui menacée par l’exploitation minière. Elle est en partie la propriété d’Imérys, qui convoite son gisement de diatomite.
Par le photomontage, ces deux espaces se superposent pour faire émerger une fiction d’anticipation où se dessinent plusieurs futurs possibles. À travers un jeu de construction et de déconstruction d’une carrière hypothétique, la vidéo laisse entrevoir un futur dystopique, où sous-sol et paysage seraient irréversiblement altérés.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

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10 – Madeleine HOUZE – Biennale de Saint-Flour 2026

L’estive comme palimpseste
Madeleine HOUZE

Bande papier thermoréactif et système motorisé.

Ce projet photographique explore un déplacement, une dérive le long d’une draille. La série restitue une déambulation humaine dans les traces ovines. Je m’inscris dans un sillon préexistant, creusé par le passage des brebis lors de la transhumance. L’animal est à l’origine de l’altération du sol. L’humain devient suiveur, sa trajectoire peut être dictée par une activité agricole. Je cherche ainsi à recentrer l’animal comme acteur de la transformation du paysage, en suggérant que toute activité génère une forme, une matière, une image. La forme motorisée propose à voir une boucle d’images sans en distinguer les marqueurs de début ou de fin. La verticalité de cette installation ainsi que le format des images confèrent à la restitution photographique une forme séquencée qui défile à la manière d’une projection en 35 mm. Au dos, les images se retrouvent inversées, tête en bas. De ce côté, l’image n’est plus lisible, plus disponible. Le déroulement motorisé des images est dépendant d’un cycle. Celui du déplacement d’un point A à un point B. L’intégralité de la séquence sera visualisée seulement si le cycle est abouti.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

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9 – Shitong HE – Biennale de Saint-Flour 2026

Sans titre
Shitong HE

Blocs de sel / protocole d’échange, photographie.

À Valuéjols, cette pièce s’élabore à partir d’un protocole d’échange avec l’éleveur autour d’un objet très ordinaire du pâturage : le bloc de sel. Posé à un endroit fixe et librement accessible aux animaux, il relie discrètement l’éleveur, les animaux, le sol, la météo et les usages du lieu.
Avec l’accord de l’éleveur, un bloc neuf vient en remplacer un autre, déjà usé, façonné par les animaux, la pluie, la terre et le temps. Autour de ce geste, quatre approches photographiques déploient différentes narrations du lieu. Le pastoralisme n’apparaît pas ici comme un simple paysage rural, mais comme une manière d’habiter fondée sur des gestes répétés, l’attention et une cohabitation entre vivants. Cette pièce entre ainsi dans la chaîne d’usages et de cohabitations à laquelle ce bloc appartient déjà.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

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8 – Coline JARES – Biennale de Saint-Flour 2026

Sans titre
Coline JARES

Photographie.

Il est huit heures du matin. Dans la brume et la boue, l’éleveur appelle ses vaches une par une ; elles reconnaissent leur prénom et défilent pour se faire traire. Assister à ce quotidien, observer la relation entre l’éleveur et ses animaux, m’a beaucoup touchée. J’y vois une attention constante et une gestuelle empreinte de soin. La couverture pour veau, objet fonctionnel destiné à soigner l’animal, devient ici le support de ma réflexion. En la créant et en la personnalisant, je détourne cet objet utilitaire pour lui donner une portée symbolique : celle d’un lien tissé, d’un soin que j’apporte, à ma manière. J’ai souhaité offrir cette couverture afin qu’elle vive au sein de l’exploitation, qu’elle devienne un témoin de l’attention portée aux bêtes et des rencontres vécues sur le territoire de Valuéjols. Là où le quotidien se construit, dans cet abribus, les étables ou les champs, j’aime laisser un bout de cette histoire. La photographie, puisque la couverture n’est pas exposée, sert ici de trace et de mémoire de ce don et des temps partagés.

Merci à Emmanuel Tuphé et à Manon Lannez pour leur implication et leur aide précieuse.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

7 – Stephen FAYE – Biennale de Saint-Flour 2026

Sous la houlette, le tintement
Stephen FAYE

Outil transformé, céramique, émaille, fil, métal.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

6 – Sara DIAS – Biennale de Saint-Flour 2026

Sans titre
Sara DIAS

Vidéo sonore, 7 min.

Tournée au cœur d’un élevage, cette vidéo montre une nuit passée avec un troupeau de bovins au milieu d’un champ à Valuéjols. Elle capte un moment de rencontre inattendue entre l’animal et l’humain. À l’aide de lumières discrètes, la caméra saisit cette traversée nocturne auprès des bêtes, dans le silence presque total et dans l’obscurité habituellement exempte de toute présence humaine. Le·a spectateur·rice accompagne le processus d’acceptation par les bêtes de ma présence au sein du troupeau, jusqu’à mon sommeil. La vidéo rassemble des fragments de la nuit entière et interroge la cohabitation et la relation entre humains et animaux, la présence du monde nocturne dans les espaces ruraux ainsi que la vulnérabilité ressentie dans l’obscurité habitée par les bêtes.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.

5 – Charly DELPUECH – Biennale de Saint-Flour 2026

‘‘Quand je mets une nouvelle robe
Je mets vraiment une nouvelle robe
Quand je croque une pomme
Je croque vraiment une pomme’’
Charly DELPUECH

Fer à béton, lauzes.

Mon père est couvreur,
mon frère aussi.
Ils recouvrent les toits du Cantal ave la lauze, cette pierre taillée à la main.
Leurs gestes inscrivent la matière dans une transmission familiale et masculine.
Ici ces lauzes qu’ils m’ont transmises sont habillées d’images de Dalida, figure qui a marqué mon enfance à la ferme, près de ma grand-mère.
Elles sont disposées sur une structure en fer à béton, jouant la forme d’un toit.
Ce toit devient une maison symbolique.
En imprimant Dalida sur cette matière brute,
je fais dialoguer tradition rurale et culture populaire.
Là où la pierre porte la solidité et l’héritage,
l’icône féminine incarne pour moi refuge et identification.
Elle devient couverture et fondation intime,
une protection qui m’a construit au cœur même de mon territoire d’origine.

 

Les œuvres présentées dans le cadre de la Biennale ont été conçues et réalisées par des étudiant.es de 3e et 4e année de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, au cours de l’année 2025-2026, dans le cadre pédagogique de la Fabrique « Les vallées de l’Hydre » (enseignants : Serge Lhermitte, Cédric Loire).

 

 

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Un monde encore habitable

Cédric Loire

Éprouver les vents, les versants, les plateaux. Mesurer le territoire à l’aune de son propre corps, en pas, en souffle. Le pastoralisme s’y laisse approcher autrement : non comme une pratique traditionnelle — surtout pas folklorique — mais comme une quotidienneté vécue, nécessaire, en même temps qu’une forme d’attention au monde. À l’heure de l’Anthropocène qui ébranle nos certitudes et exige de repenser nos modes de production, cheminer à travers les étendues pastorales soulève des interrogations multiples : peut-on à la fois produire et protéger ? Peut-on tenir encore, et de quelles manières ?

Ici comme ailleurs, le pastoralisme dessine des trajectoires lentes. Il n’est pas seulement conduite des bêtes ; il est manière d’habiter. Il engage à « faire avec » : le climat, les saisons, les ressources, les imprévus ; faire avec le terrain, sa géologie, ses variations, ses contraintes. Avec l’eau qui s’insinue, affleure ici dans les narses, s’infiltre sous les prairies, rejaillit là, s’étire en ruisseaux. Elle imprègne, érode, s’écoule, ravine, fait réseau. Elle façonne les usages autant qu’elle les contraint. Invisible parfois, agissante toujours, elle rappelle que le territoire ne se limite pas à sa surface, et que ses profondeurs portent autant de promesses que de menaces.

Une traversée. Une expérience vécue, où parfois se glisse la présence furtive du loup, qui fait vaciller les équilibres, force à cohabiter — protéger sans enfermer, veiller sans relâche. S’élaborent des gestes discrets, répétés, des dispositifs ingénieux, des objets modestes : autant de manières de porter attention. Le soin devient une forme de langage, une façon de tenir ensemble ce qui pourrait se disperser, se perdre.

Regarder, alors, requiert du temps. Pour saisir les rythmes, les singularités, les écarts, les altérations silencieuses du monde, les apparitions : un éclat de lumière sur la Planèze ; dans l’herbe, la trace du passage animal ; au loin, une architecture solitaire ; une histoire partagée dans la chaleur de l’étable ou de la bergerie. Les images saisies ne figent pas : elles frôlent ce que tissent, mêlées, les présences humaines et non-humaines.

C’est dans cet entrelacs que s’inscrit le travail mené par des étudiant.es en art au fil de plusieurs séjours à Valuéjols. Ils et elles ont arpenté ces espaces. Observé, rencontré, écouté celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent, gardent, prennent soin, et racontent.
De ces expériences vécues et partagées sont nées des formes, qui tentent d’en saisir les traces, s’immiscent dans le paysage pour mieux l’observer, recueillent les récits innervant ces lieux. Elles déplacent notre regard sur la ruralité, perçue non comme un cadre immuable, mais comme un espace vivant, parcouru de profondes transformations. Elles ne cherchent pas à fixer, mais à approcher : gestes, sons, objets, paysages… Ce qui en résulte ne se laisse pas saisir d’un bloc : elles sont fragments, tentatives, formes ouvertes. Des gestes qui interrogent : que signifie produire aujourd’hui, dans un monde traversé de tensions écologiques ? Comment partager un territoire ? Comment vivre sans épuiser, exploiter sans détruire ?

Peut-être s’agit-il simplement de cela : apprendre à coexister. Concilier des présences hétérogènes.
Reconnaître, dans ce qui persiste et dans ce qui change, les possibilités d’un monde encore habitable.

Retrouvez la carte en PDF. Une création graphique par les étudiant·es.