Portrait diplômée / Claudia Urrutia

Diplômée d’un DNSEP à l’ÉSACM en 2011, Claudia Urrutia est comédienne, chanteuse, plasticienne, et fondatrice de la compagnie Zumaya Verde, basée à Clermont-Ferrand. 

Constellation de l’océan, Exposition Fantaisies Végétales. Photographie Marielsa Niels, Mise en scène et installation Marjolaine Werckmann et Claudia Urrutia.

Quel a été votre parcours avant d’entrer à l’ÉSACM ?

Avant d’entrer à l’ÉSACM, j’avais obtenu un diplôme de comédienne, une maîtrise en art dramatique, dans une école de théâtre au Chili. J’avais de l’expérience dans le monde de la scène, et je me suis formée « sur le tas » au chant et à la musique, notamment avec le groupe Barbatuques à Sao Paulo au Brésil. Quand je suis entrée à l’école d’art, je venais tout juste d’arriver en France, et j’avais été enseignante dans des écoles de théâtre peu de temps avant, en Colombie et au Chili. 

Pourquoi avoir voulu poursuivre vos études en France ? 

Lorsque l’on suit des études de théâtre, même en Amérique latine, nos références viennent d’Europe et en particulier de France. Les jeunes de ma génération rêvaient de participer au festival d’Avignon, ou de faire partie du Théâtre du soleil dirigé par Ariane Mnouchkine. En plus, dans le cadre de mes études, j’ai eu la chance de travailler avec le metteur en scène et dramaturge franco-égyptien Adel Hakim, décédé en 2017 et qui a été co-directeur du Théâtre des Quartiers d’Ivry.

En 2005, à Paris, j’ai rejoint l’école internationale de théâtre Jacques Lecoq, liée au geste et à l’image, et en particulier le Laboratoire d’Étude du Mouvement (LEM). J’y ai développé un travail plastique à travers des ateliers de scénographie, costumes et masques dynamiques. Guidée par les enseignant.e.s et architectes Krikor Belekian et Pascale Lecoq, j’ai appris à analyser le mouvement et la mise en espace du corps humain. En parallèle, j’avais obtenu une bourse pour être assistante d’espagnole en France.

Après cette expérience, je me suis installée à Clermont-Ferrand, et je souhaitais rester en France. Mais j’avais déjà 30 ans, et besoin d’un statut pour en avoir le droit. Initier un parcours au conservatoire n’est plus possible à cet âge, et suivre une formation à l’université ne m’intéressait pas. L’école d’art avait l’air d’un environnement plus libre, ouvert aux candidat.e.s de mon âge, et moins scolaire. Sans compter que lorsqu’on arrive en tant qu’étrangère, l’enjeu c’est de s’installer dans un territoire. Cela avait aussi du poids dans ma décision. J’avais toujours développé un travail plastique lié au costume, au masque, aux accessoires, mais je ne me rendais pas compte que j’avais de réelles capacités. 

Qu’est ce que votre parcours à l’école a apporté à votre pratique de la scène ?

D’abord, un travail sur l’observation, à travers les cours de dessin. Par exemple, sur la façon dont on apprend à regarder et ramener la forme que l’on observe devant nous sur un support papier. Quand je pratique le théâtre, je travaille avec mon corps, mais avec la pratique du dessin, c’est mon regard sur l’espace et sur l’objet qui a changé. J’ai été confrontée à cette nouvelle expérience sensorielle, qui part de mes mains et de mes yeux, comme un autre point de départ pour créer. 

Parmi les expériences importantes que j’ai vécues à l’école, je parlerais aussi de ma rencontre avec Jean Nani, enseignant en peinture, qui par son discours sur la couleur a ouvert pour moi un tout nouveau territoire d’expérimentation, de jeu et d’émotions, que j’ai réemployé ensuite dans ma pratique du spectacle vivant. 

Je citerais aussi la rencontre avec Roland Cognet, enseignant en volume, dont le travail autour de l’espace, de l’installation, est venu répondre et compléter des questionnements que je portais sur le rapport du corps à l’espace, le rapport de la forme à l’espace, la construction de nouvelles architectures. 

À l’école, j’ai été mise face à tous mes acquis. J’ai dû les questionner, les contrarier, bousculer mon environnement artistique ancré dans un théâtre latino-américain, et dépasser mes frontières artistiques et culturelles. Ça a été une vraie ouverture, vers des formes plus hybrides, plus perméables, et vers une transversalité harmonieuse de pratiques. 

Vous évoquiez un besoin d’ancrage dans un territoire. Comment l’avez-vous concrétisé ?

Pendant mes études à l’école d’art, j’ai continué à mener des projets liés au théâtre et à la musique, toujours dans le Puy-de-Dôme. L’école m’a soutenu en aménageant mes horaires afin que je puisse mener ces projets personnels à bien, mais malgré tout je ne pouvais pas m’absenter trop longtemps. J’ai donc beaucoup travaillé localement. Lorsqu’on est étudiant.e, on pense que les grandes villes proposent davantage d’opportunités. Mais j’avais déjà vécu dans beaucoup de grandes villes, et je me suis vite rendu compte que pour moi il était plus facile de trouver du travail dans une petite ville. Mon objectif était de créer des liens sur ce territoire, y mener des projets, et aller jusqu’au bout de mes études.

J’ai obtenu mon diplôme et je me suis trouvée confrontée à des difficultés administratives liées à mon droit de résidence en France. J’avais envie de continuer à travailler ici, sur ce territoire dans lequel j’avais construit une vie personnelle et professionnelle, et qui propose des espaces encore en création, en transformation. Je souhaitais déjà devenir intermittente du spectacle. 

J’ai alors fondé la compagnie Zumaya Verde, avec mon collègue et compagnon Julien Martin, qui a été une façon de m’ancrer dans cette ville, et me faire une place dans ce territoire-là. Je vis grâce à cette compagnie dans un espace de création permanente, de recherche, mais aussi de fragilité. Donner naissance à nos propres créations, c’est l’occasion d’ouvrir notre imaginaire aux autres, de créer un dialogue et des moments de convivialité.

Rosa, un portrait d’Amérique Latine, crédit photo Violette Graveline

Pouvez-vous nous parler de votre travail au sein de la compagnie ?

Cette compagnie travaille autour du théâtre, de la musique, des arts plastiques. Nous avons, au fur et à mesure des années, invité des artistes pour construire collectivement nos différents projets. Nous essayons de travailler de façon plus transversale et pluridisciplinaire, en intégrant des pratiques visuelles et plastiques, en abordant le travail du texte, de la musique, de la vidéo, ou encore avec l’idée d’investir des espaces qui ne sont pas dédiés au spectacle vivant. 

Grâce au soutien de la Ville de Clermont-Ferrand et du Département du Puy-de-Dôme, la compagnie commence à bénéficier d’une structure solide. Cette gestion plus administrative fait aussi partie du projet, et nous permet d’expérimenter, de travailler dans de bonnes conditions et de grandir artistiquement. La compagnie devient peu à peu véritablement actrice de la ville et du territoire, soutenue principalement par la Cour des Trois Coquins- Scène Vivante, qui est pour nous un vrai lieu de fabrique et de résidence.

Avez-vous réussi à maintenir une actualité vivante malgré la situation sanitaire ?

Pendant le COVID-19, nous avons pu continuer à créer. La compagnie a bénéficié du fond de solidarité, et nous avons reçu des aides. 

En mars dernier par exemple, nous avons participé à une résidence à la Cour des Trois Coquins pour créer « Bloody Laws », un cycle de performances, d’installations ou de formes théâtrales courtes, qui aborde la charge symbolique et politique autour du corps des femmes. Ce projet est conçu par la scénographe et plasticienne Violette Graveline et moi-même.

Cet été nous allons aussi participer au festival des Contres-Plongées à Clermont-Ferrand, avec une performance intitulée Traverser, les 9 et 10 juillet à 17 heures et 19 heures au Jardin Lecoq*. 

Traverser, cycle de performances Bloody Laws, crédit photo Violette Graveline

Parmi les projets en construction, nous travaillons aussi à une performance pour le Musée d’art Roger Quilliot qui aurait lieu l’année prochaine. 

En parallèle, je mène un travail de médiation de plus en plus conséquent, et qui me tient à cœur. Avec la plasticienne et scénographe Marjolaine Werckmann et la photographe Marielsa Niels, nous avons co-crée l’exposition « Fantaisies Végétales », un travail de médiation culturelle financé par Billom Communauté et le Département du Puy-de-Dôme. Avec des participant.e.s provenant d’horizons différents :  Maison départementale des Solidarités, régie de territoire, classes de 5e du collège du Beffroi de Billom nous avons créé 12 photographies grand format en couleurs, mêlant visages humains et matières végétales. Ce travail de transmission, au-delà du travail artistique, est très important pour moi. C’est aussi le moment où les champs professionnels s’ouvrent, une façon de se ressourcer au contact du public et de nouvelles générations.

* Les 9 et 10 juillet à 17 h et 19 h.

https://zumayaverde.com/

Une journée portes ouvertes en ligne de la Coopérative de recherche le mercredi 23 juin

Le mercredi 23 juin, 3 permanences en ligne seront proposées par les chercheur.e.s de la Coopérative de recherche de l’ÉSACM. Pendant chaque permanence, un temps de présentation de la Coopérative sera proposé, pour informer et échanger autour de son fonctionnement et de ses activités.

Il suffit de s’inscrire en remplissant le formulaire suivant :
https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfPnnTdrdp7L7BYpEEie0nx33RHp710WWiTqQPZ92RAS0efEA/viewform?usp=sf_link 

Plus d’infos sur la recherche sur notre site, ainsi que sur la plateforme dédiée à la Coopérative.

 

 

Une exposition de fin d’année pour la fabrique Résistances Désirs

Réunissant des projets issus d’un an de travail au sein de la fabrique (groupe de travail) « Résistances Désirs », cette exposition correspond d’avantage à un point d’étape, un état des lieux, qu’à un résumé : il s’agit de donner à voir ce que certain·e·s membres de la fabrique ont pu produire, des pistes de recherche, des pièces abouties qui demandent une mise en espace et une mise à l’épreuve d’un regard extérieur. Il s’agit de montrer les résistances autant que les désirs, de leur donner une forme, de les pratiquer.

Une exposition à suivre en ligne sur instagram, toute la journée du 18 mai, et des performances dans la coursive vitrée de l’école, à observer depuis la place Louise Bourgeois.

Retrouvez le pdf des cartels de l’exposition

Portrait diplômé / Corentin Massaux

Diplômé d’un DNSEP en 2014, Corentin Massaux est artiste. En parallèle de sa pratique artistique, il a occupé le poste de coordinateur des projets d’éducation artistique de l’ÉSACM de 2016 à 2019. Il participe actuellement à une résidence d’artiste à la BridgeGuard residency de Štúrovo en Slovaquie. 

Peintures à pincer, acrylique sur pinces à linge bois, Multiple 10 exemplaires, 7,4 x 1 x1,2cm chacune, 2020.

Peux-tu nous parler de ton parcours dans l’école ? Pourquoi as-tu intégré une école d’art, et quelles ont été les expériences marquantes que tu y as vécues pour la suite de ton travail ?

Je suis entré à l’ÉSACM un peu par hasard. Au départ je visais des écoles d’arts appliqués, mais j’ai essuyé des refus qui m’ont amené à m’inscrire en faculté d’histoire de l’art à Clermont-Ferrand en 2008. J’ai alors découvert l’ÉSACM via ses cours du soir et ai été reçu au concours en 2009. Je m’y suis plu puisque je suis resté dans cette école jusqu’à l’obtention d’un DNSEP en 2014. Il serait difficile de ne parler que de quelques expériences marquantes tant il y en a. Et si ma pratique s’est développée dans et autour des questions de la picturalité, chaque cours, labo, ARC (Ateliers de Recherche et de Création), workshop, voyage, discussion ou rencontre a permis de me positionner et de construire un regard critique. 

Mais pour jouer le jeu, je citerai un sujet de peinture de l’enseignant Jean Nanni, en deuxième année, qui impliquait l’occupation du couloir du dernier étage de l’école ; un ARC paysage au Havre ; un workshop avec Fabrice Gallis, chercheur à la Coopérative de recherche de l’ÉSACM ; le projet de recherche Robinson/Vendredi ; et l’invitation d’Alexandre Lavet et Benjamin Aubertin (diplomés de l’ÉSACM) à occuper leur Galerie Ouverte. Il s’agissait d’une galerie sauvage installée dans un recoin architectural sur le terrain vague (à l’époque) devant l’école, initiée lors d’un workshop avec l’artiste Julien Berthier. Toutes ces expériences avaient pour particularité d’amener à répondre à un contexte, à penser des projets spécifiques, parfois in situ, ce que je m’attache à faire aujourd’hui. Dans le même sens, les projets d’éducation artistique que l’ÉSACM met en place dans certains espaces de la ville de Clermont-Ferrand ont forgé mon rapport aux projets dédiés, mais nous y reviendrons. 

Peux-tu parler de ta pratique et des questions que tu aimes explorer dans ton travail ?

Comme je l’ai dit, ma pratique s’articule dans et autour du pictural. Je fais une peinture qui peut parfois se passer de l’outil peinture, en utilisant des matériaux déjà colorés. Le résultat est abstrait et construit avec des gestes simples qui émanent d’une observation de mon environnement quotidien. Les matériaux, les formes, les couleurs que je choisis et les gestes que j’effectue sont empreints de celui-ci et feignent la reprise de principes connus de tous. Comme mon environnement est principalement urbain, cela transpire dans ma peinture. Je collecte par l’image, l’écrit, le dessin ou la mémoire, des gestes, des agencements, des inventions, des accidents, etc., qui pour moi renvoient à la peinture et à ma peinture. J’ai découvert, par exemple, il y a peu, que les arbres à papillons peuvent peindre sur les tôles ondulées par les mouvements que leur insuffle le vent. 

Mes projets sont toujours pensés dans un rapport aux espaces qui les accueillent, à leurs spécificités, ce qui leur confère un caractère in situ, ou tout du moins situé. Cela se traduit par des installations qui jouent des caractéristiques des espaces et leurs usages, et qui dans le même temps créent un trouble sur leur statut et le statut de ma peinture, en se présentant comme des simulacres des peintures à pincer, des peintures occultantes, un dallage qui se déforme sous les pas des visiteurs, etc. Le tout crée des allers-retours et des rencontres entre intérieur et extérieur.

À ta sortie de l’école, tu as pris le poste de coordinateur des projets d’éducation artistique à l’école, jusqu’en 2019. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?

J’ai eu la chance de participer dès les premiers projets d’éducation artistique que l’ÉSACM a mis en place en 2013 en tant que stagiaire. J’assistais alors l’artiste Carole Manaranche dans un projet avec une classe de CE2 de l’école Charles-Perrault à la Gauthière, et la même année je participais avec d’autres artistes et étudiant.e.s aux premiers ateliers participatifs sur une friche urbaine, pendant les vacances dans le même quartier. Le projet visait à ce que les habitant.e.s se réapproprient cette dent creuse causée par la démolition de trois tours, par la couleur, des constructions en palettes et en pneus, des jeux. L’été 2013 a marqué un tournant puisque nous avons décidé de monter un collectif, « La Balise », petite entité au sein de l’ÉSACM qui développe les projets d’éducation artistique de l’école. En 2016, les projets prenant de l’ampleur, entre autres avec l’occupation quotidienne et à l’année d’un appartement de la Muraille de Chine, un bâtiment emblématique de Clermont-Ferrand, long de trois cent mètres et qui surplombe le centre-ville et qui va disparaître, l’école a créé un poste de coordination et m’a fait confiance pour l’occuper. Les trois ans que j’ai passé en tant que coordinateur ont été très riches, il fallait sans cesse se renouveler et inventer, s’adapter et s’accorder, mais la contrepartie était évidemment de ne plus avoir de temps et d’esprit disponibles pour une pratique personnelle. J’ai donc fait le choix en 2019 de me concentrer à nouveaux sur celle-ci et de quitter ce poste. Outre les connaissances acquises en montage de projet, gestion de budget, relations publiques, etc., pour lesquelles je n’avais aucune formation initiale, c’est le rapport au travail en collectif et l’aspect collaboratif avec les habitant.e.s, les associations, services des quartiers, les artistes, graphistes et étudiant.e.s invité.e.s et toutes les rencontres occasionnées qui m’ont le plus apporté, qui m’ont fait le plus grandir et comprendre l’importance de l’être et faire ensemble. 

Les enfants, auteurs de leur ville, Saint-Jacques, Clermont-Ferrand, 2018.

Quels sont tes projets en cours ?

Comme tout le monde, la situation sanitaire actuelle a chamboulé les plans, dont notamment une exposition collective portée par Lila Demarcq, Juliette Maricourt et Camille Orlandini, dans le cadre de la Biennale internationale design de Saint-Étienne, qui est repoussée à l’an prochain. Je devais y présenter une intervention picturale au sol et à l’échelle du lieu en utilisant une teinture à base de terre ferrugineuse issue de mon village d’enfance. Celle-ci se serait déformée avec les pas des visiteurs et aurait contaminé leurs semelles et le reste de l’espace. 

Mais j’ai la chance d’être actuellement accueilli à la BridgeGuard residency de Štúrovo en Slovaquie où j’ai pris la suite de Florent Poussineau et Rémy Drouard (également diplômés de l’ÉSACM) qui reviendront fin mai pour notre exposition dans les locaux de la résidence. Je profite de ce temps pour essayer de tendre à une forme de lâcher-prise dans ma pratique de la peinture. J’utilise pour cela la technique du monotype en appliquant des gestes crus, voire viscéraux sur une plaque de plexiglass pour ensuite les imprimer sur papier. Dans le même temps je m’interroge sur l’aspect éphémère de certaines de mes interventions picturales et cherche à en produire des traces, des documents qui soient tout autant peintures que les peintures qu’elles cherchent à doubler. Mais les choses ont déjà glissé puisque j’ai commencé à provoquer par le collage des rencontres impossibles entre mes monotypes, dont l’échelle est limitée par la technique et des éléments du bâti de la résidence et de la ville. 

Enfin, je renoue avec le collaboratif et le participatif en travaillant régulièrement avec le collectif Yes We Camp, avec entre autres, en juin prochain, un projet d’aménagements et d’installations artistiques temporaires aux pieds d’une barre d’habitation à Bagneux. 

Rencontre impossible, collage, monotype à la gouache et impression laser, 21×29,7cm, 2021.

 

https://corentinmassaux.wixsite.com/corentin-massaux

Portrait diplômée / Samira Ahmadi Ghotbi

Samira Ahmadi Ghotbi a étudié la peinture à la Faculté d’Art et d’Architecture de Téhéran avant d’intégrer l’École supérieure d’art de Clermont Métropole où elle a obtenu un DNSEP. Elle a ensuite intégré la Coopérative de recherche de l’ÉSACM avec un projet de recherche autour de la mémoire. Vidéo, dessin, performance, sculpture, écriture, les médiums qu’elle utilise sont choisis en fonction de l’histoire, globale ou intime, qu’elle souhaite raconter.

Peux-tu nous parler de ton parcours, avant d’entrer à l’école ?

J’étais en dernière année de licence à la Faculté d’art et d’architecture de Téhéran, quand nous avons décidé, avec une amie, de quitter l’Iran pour continuer nos études. Nous avons commencé à étudier le français et une réunion à l’Alliance Française nous a permis d’avoir une vision plus précise des études en France. J’ai candidaté à l’ÉSACM  pour la simple raison que c’est une des rares écoles qui acceptaient que je passe l’entretien d’admission en visioconférence. Je suivais l’option peinture à la Faculté d’art et d’architecture de Téhéran à l’époque, et j’avais une belle image de ce qu’étaient l’art et la littérature en France. J’ai intégré la 3e année à l’ÉSACM. Le processus de visa a pris trois ans.

Etudier en université d’art en Iran et en école d’art en France sont deux choses très différentes. Les pratiques que j’étudiais en Iran étaient très académiques, très axées autour de la technique, de l’anatomie, du modèle vivant. Pendant mes six ou sept premiers mois à l’ÉSACM, je n’ai presque rien produit, j’étais complètement perdue. L’équipe m’a laissé libre et tranquille. Je ne subissais pas de pression de production. J’ai été étonnée d’être présentée  au diplôme. Mais au fur et à mesure, j’ai réussi à trouver ma logique de travail. Bien sûr l’héritage iranien est toujours présent dans mon travail, je ne peux pas m’en détacher. Mais j’ai trouvé la façon de me l’approprier.

À l’école j’ai beaucoup travaillé le dessin, puis j’ai commencé petit à petit la vidéo et l’installation. Mais le dessin a été au cœur de mon travail et visible dans ces autres pratiques. Les propositions de l’école étaient souvent des déclencheurs, comme le programme de recherche « L’intercalaire » auquel j’ai participé, ainsi que les rencontres avec des artistes et intervenant.e.s extérieur.e.s. La rencontre avec Rémy Héritier, danseur et chorégraphe, qui était chercheur à la Coopérative de recherche à l’époque et qui aujourd’hui enseigne la danse à l’école, m’a peu à peu conduit à la performance.  Cela m’a permis d’assumer mon corps et ma voix pour me mettre en scène, sortir des pages de papiers et de dessin. J’ai vécu alors une transition depuis une pratique un peu timide, vers des pratiques plus partagées et plus assumées.

En 2018, Rémy Héritier m’a invité à participer à un projet de recherche intitulé « L’usage du terrain » et mené par le Centre national de la danse,  les Laboratoires d’Aubervilliers et la ville de Pantin. J’ai travaillé trois semaines sur la notion de traces dans un stade abandonné à Pantin. C’est comme ça que j’ai investi le champ de la performance en compagnie de Rémy et de son équipe de danseurs. La même année, j’ai proposé une performance au Salon de Montrouge.

L’usage du terrain, La Trace, Performance 15″

Tu as intégré la Coopérative de recherche après ton DNSEP. Autour de quels sujets travaillais-tu ?

Etudiante, j’avais participé à un programme proposé à l’époque qui s’appelait « Intercalaire ». On était huit artistes et étudiant.e.s à travailler au sein de ce programme, autour du sujet la latence, de l’ennui. On essayait de déconstruire l’idée selon laquelle le « faire » était la seule manifestation de la productivité. On expérimentait le fait de produire, sans nécessairement aboutir à des objets ou des formes. Ce programme m’a donné envie d’intégrer la Coopérative de recherche, après avoir obtenu le DNSEP.

Pendant trois ans au sein de la Coopérative, j’ai pu travailler avec des artistes et des chercheur.e.s. Je n’ai pas ressenti la solitude qu’on peut ressentir quand on sort des beaux-arts. La Coopérative m’a aussi offert un confort matériel : une bourse et un lieu de travail.

En 2019, j’ai passé le DSRA (Diplôme supérieur de recherche en art) qui a pris la forme d’une exposition et d’un parcours performatif à la Galerie de la Cité internationale des arts. J’y étais en résidence depuis plus d’un an et je trouvais pertinent de passer mon diplôme en dehors de l’école. Je voulais clore et rendre compte de ces deux expériences conjointement, mon projet de recherche à l’école et ma résidence à la Cité.

Pourrais-tu définir ta pratique ?

Je travaille souvent à partir d’une histoire, intime, familiale ou culturelle, des « micro-histoires ». À partir de ces histoires-là, je cherche et je propose des formes. Ça peut être de la performance, de l’écriture, de la vidéo, de la sculpture, du dessin, etc. Mon travail s’inspire de l’Iran, de son histoire et de son actualité. Mais j’’essaie de trouver un langage qui sera lisible et visible au-delà des frontières d’un territoire spécifique. Je traite des documents historiques, des images d’archive ou des récits, dans le contexte social et politique d’aujourd’hui.

Depuis quelque temps, je travaille autour de la chasse, de la figure de l’animal comme métaphore du corps chassé. Pour le DSRA, j’avais déjà travaillé sur un journal de chasse iranien de la fin du XIXe siècle, pour proposer une performance collective et narrative effectuée par cinq femmes qui s’intitulait « Le cercle du chaudron ».

Le cercle du chaudron, Performance 12″

Depuis mars et jusqu’à fin avril 2021, je suis en résidence à Chanonat avec l’association  Champ Libre, et je développe un thème similaire. Je suis à la recherche de formes qui évoquent un entre-deux : entre l’homme et l’animal, entre la proie et le prédateur. Je réalise dans ce cadre un travail de sculpture, en tissu et en latex essentiellement. Je m’inspire des gants de fauconnier, à mi-chemin entre l’habillement et la seconde peau, l’outil de chasse et le piège. Je m’intéresse au faucon comme étant à la fois chasseur et l’animal exploité.

Où et comment travailles-tu ?

Je vis entre l’Iran et la France. Et depuis 3 ans je vis à Paris. J’ai été lauréate de la commission de la Cité internationale des arts 2018. J’ai eu la chance d’avoir un espace de vie et de travail grâce à cette résidence à la Cité. Ensuite j’ai intégré un lieu de résidences d’artistes appelé « Espace en cours ». Julie et Didier Heintz, historienne d’art et architecte, mettent à disposition des artistes quatre studios au sein de leur immeuble, avec un espace commun de travail. À mon retour après ma résidence à Chanonat, je devrai trouver un nouvel atelier.

Depuis mon arrivée à Paris j’ai essayé de trouver un équilibre entre mon travail alimentaire et mon travail artistique. Mais ce n’est pas toujours évident.  L’année dernière, je n’étais pas tout-à-fait satisfaite de mon exposition « De toute la longueur d’une main, à 45 pas de distance » au GAC d’Annonay. Car ayant un emploi à temps partiel de 29 heures par semaine à l’accueil de Grand Palais, je n’ai pas eu assez de temps ni la concentration suffisante pour préparer l’exposition.

Ces dernières années, j’ai passé du temps à répondre à des appels à candidature, monter des dossiers, mais ce n’est pas un exercice dans lequel je suis très à l’aise. D’ailleurs, cette année, je me concentre sur mon travail, et je ne postule pas pendant quelque temps. Je me rends également compte que les plus belles opportunités et les plus beaux projets qui m’ont été proposés l’ont été grâce à des invitations d’artistes ou de professionnels de l’art.

Comme l’exposition collective de « Distopical encounter » à Bangkok, à l’occasion de Offsite project mené par la galerie In extenso, à l’invitation de Benoît Lamy de la Chapelle, ancien directeur de la galerie en janvier 2018.

Bangkok : Roar, Photo argentique, installation photo, Gel de silice, Crédits photos : Shinya Matsunaga

Je pense également au Dôme Festival, une proposition de Constantin et Baptiste Jopeck, artistes et cinéaste. Constantin est actuellement membre de la Coopérative de recherche de l’ÉSACM. Il s’agit de deux semaines de résidence dans une magnifique maison à Montbazon, une ambiance joyeuse et avec des artistes intéressant.e.s.

As-tu des expo ou projets en cours ou en préparation ?

Je suis actuellement en résidence au Champ Libre à Jussat, un lieu-dit de Chanonat. Une exposition aura peut-être lieu à la fin de la résidence. J’expose également à homealonE, un lieu associatif à Clermont-Ferrand.

Marjolaine Turpin, artiste et ancienne étudiante de l’ÉSACM, m’invite également à participer à une exposition au centre d’art du Parc Saint Léger à Pougues-les-Eaux, où elle a été en résidence durant l’automne 2020. Nous réfléchissons à l’exposition ensemble pour le mois de juin.

À l’automne 2021, je participerai au festival « Plastique danse flore » sur une nouvelle invitation de Rémy Héritier au potager du roi, à Versailles.

« Harmonie », une exposition par la Coopérative de recherche à la galerie In extenso

« Harmonie », une proposition de la Coopérative de recherche de l’ÉSACM.

Comment composer depuis le collectif ? Comment s’accorder, échanger, et faire cohabiter sa recherche avec celles des autres ?

Du 1er au 15 avril 2021, les chercheur⋅e⋅s de la Coopérative de recherche de l’ÉSACM investissent les espaces de la galerie associative In Extenso pour y déployer des temps de travail, des actions éphémères et des partages de contenus et de formes – en ligne ou hors ligne.

Au fil des jours et de la programmation, In extenso devient l’espace où se traduisent les doutes et l’émulation qui animent la vie de la recherche à l’ÉSACM.

Programmation en cours.

https://www.inextenso-asso.com/

Du 1er au 15 avril, évènements en ligne sur le compte Instagram de l’ÉSACM et d’In extenso. Permanence et accueil du public à la galerie du lundi au dimanche, de 14h à 18h.