Anaïs Tison

 

Appréhender le sensible, lui faire face et tenter d’en accueillir les ressorts. Par quelles mécaniques notre affect est depuis l’originedes temps touché par ce que nos scientifiques tentent aujourd’hui d’agencer, de rationaliser, sans cesse et sans fin.
Comment l’erreur produit de l’inattendu, non pas à mettre au rebut, mais à considérer comme possible processus créatif en soi, indépendant. La poésie ne se situe-t-elle pas justement dans cet écart entre maitrise, rigueur de l’approche scientifique et l’inexprimable de l’empirisme ? L’humain, dans sa recherche de la technique n’a été qu’un spectateur médusé devant des forces auxquelles il ne peut que se soumettre, lui qui tente de tout maîtriser.
Comment tenter de réapprendre à observer, être touché dans son fort intérieur sans chercher à comprendre, retrouver ce vertige qu’offre l’observation du développement de toute vie biologique, chimique, géologique etc… Le travail artistique permet l’incursion de cette poésie, dans des processus volontairement non maîtrisés, où le développement de la forme n’est pas contrainte,mais accompagnée. Ici, les erreurs n’en sont pas, les distinctions abolies. Au-delà de l’enfermement, de la mise sous cloche stérile, c’est l’isolement de ces micro-processus qui dénote chez Anaïs Tison, d’une lente attente d’émerveillements, d’étonnements.
Au fond, c’est la recherche de l’aspect transcendantal du sublime qui est ici en jeu.

Antoine Barrot

Valentine Traverse

Je traverse le jardin public de la ville, j’ai mal au pied, j’aurais pas dû mettre ces chaussures.

Mes trois amis qui m’accompagnent ont aussi des chaussures qui font trop mal : Louis des chaussures rastafari, Pierre-Olivier des chaussures « bulles » et Chloé marche avec des fausses Lady-gaga. Sur les miennes on voit un paysage de montagne alpin et de la neige. Dans le parc c’est l’été, les fleurs se montrent, les cygnes aussi, excepté ce mec qui gratte des Astro sur son banc. En face de lui Caroline, 17 ans fait du shopping sur son phone depuis un autre banc, un mec s’approche d’elle lui propose de ///////////////////////////////////////, elle répond « non désolé j’ai pas d’argent ».

OKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKKK

Je travaille par accumulation de petits gestes intuitifs. À travers ces actions, je crée des saynètes, des versions altérées de la réalité. J’évoque sans complexe des choses de mon quotidien et les rends parfois fantasmagoriques. Allonger des idées, des moments brefs afin de reconsidérer leurs importances ainsi que leurs capacités à susciter de l’attention chez un spectateur et à la tenir.. Je travaille à partir du dessin que je pratique comme une écriture quotidienne. Puis la peinture, la céramique, la performance et autres divers matériaux tel que des Pepitos, une branche, des t-shirts, des carottes râpées…

A partir d’un brouhaha de matériaux récupéré et de multiples intentions qui s’accumulent, des formes émergent: des figures, des présences.

 

Tristan-Paul Guepin

Et puis il y a le mélange, cette part intrigante et généralement plus difficile à définir. Le mélange c’est comme une substance mouvante à plusieurs textures. Sa beauté reste celle de posséder plusieurs portes d’entrées et d’être particulièrement relative. L’hétérogène s’adapte et laisse de la place. Une espace pour la discussion et le sens critique.

Les formes ne demande qu’à ne plus être géométriques, à devenir moins autoritaires. Elles se préfèrent asymétriques, libres de ne pas avoir à séduire. Cette asymétrie leur permet de ne pas toucher au centre et de profiter des périphéries. Parfois équilibrées et souvent dissymétriques, elles osent se rapprocher du centre pour mieux se reconnaître.

Les panachés, sortant des formes, peuvent tout autant parler de couleur. Le orange, ou les oranges que l’on arrive pas a nommer. Le gris tout simplement. Le jaune citron, catachrèse! Et ces mots qui désignent, comme des outils qui donne des noms, sont pleins de limites. Heureusement on bricole pour ne pas tourner en rond. Le soleil se couche, une assiette couvre la casserole, double catachrèse!

Bricoler informe: quelque chose manque. Dans cette absence, une multitude de possibilités pour l’acteur. Le bricoleur touche-à-tout et cherche la solution. Ses yeux comme premiers alliés sélectionnent tandis que ses mains agissent. En action, le bricolage se veut connaissance tacite, comme libéré de toute performance. L’objectif est l’efficacité et parfois ça ne marche.

Apprentissage secondaire, se laisser instruire par le monde. Le bricoleur lui, se laisser éduquer par les choses qui passe par ses mains. Les savoirs s’alimentent en simultané et forment un réseau. L’apprentissage n’est donc plus une ligne tel un programme. Dans l’esprit, le corps s’étale pour venir toucher plusieurs points. L’apprenant du bout de ses tentacules, appréhende des objets inconnus. Il patiente ou change de forme.

Le tout même si rien ne se vaut. Les moyens ne sont jamais les mêmes, ne souhaitent pas l’être. Encore éclectique, jamais situé précisément. Condition d’homme moderne: le déplacement. D’une chose en devient une autre. D’une idée, un médium adapté. L’assemblage de toute ces choses, toujours hétéroclite. Finalement, tout est de nouveau irrégulier.

La rencontre de l’Autre. Une découverte partagée, chaleureuse mais ambiguë. Rebelote, on allonge notre bras pour aller toucher de son bout l’inconnu. Alors comme le bricoleur du Lundi, tu temporise, restant en retrait. L’observation en satellite: emmagasiner des informations toujours nouvelles, faire preuve de tolérance. L’altérité ne demande aucun parallèle. Mardi tu pourras agir.

Un espace d’étude tout nouveau. Une petite balle du creux de la pomme, s’élance. Imprévisible, elle bondit d’une face à l’autre et par son tracé en modifie les perceptions. Le coupable voit le champ se transformer tandis que le bolide continu sa course. Aucun centre n’est donné par les vecteurs produits. L’espace rigole, l’acteur se tourne et change de cap. Et puis ça continu.
Un silence sourd étonne, la balle s’est arrêtée. L’homme range ses outils et laisse le projectile sur son point d’arrêt. Il y reviendra prochainement.

Mélanie Farges

« Dans ce rêve de fleurs et de légumes, j’écrasais sous mes pieds brunis l’herbe sèche et touffue du jardin et je m’enivrais des parfums. Et d’abord de celui des feuilles de géranium que, couché à plat ventre parmi les tomates et les petits pois, je froissais entre mes doigts en me pâmant de plaisir : une feuille à la légère acidité, suffisamment pointue dans son insolence vinaigrée mais pas assez pour ne pas évoquer, en même temps, le citron confit à l’amertume délicate, avec un soupçon de l’odeur aigre des feuilles de tomate, dont elles conservent à la fois l’impudence et le fruité. »

Marie Muzerelle

 

Dans une pratique des nouveaux médias, j’explore les usages d’internet et m’interroge sur la place de l’individu au milieu des diverses sollicitations attentionnelles mises en jeu. De part une boulimie d’informations, paranoïa et pressions sociales infusent IRL (In Real Life).
En suivant un certain nombre de communautés sur les réseaux sociaux (youtubeuses beautés, vegans abolitionnistes, survivalistes, sceptiques…), je me nourris de leurs croyances, leurs langages, mais surtout de la façon dont les membres cherchent à s’améliorer pour tendre vers un idéal qu’ils ont en commun. Visant à être toujours plus séduisants, plus éthiques, plus prévoyants ou plus prudents, une forme d’autodesign émerge.
Tel le CHO (Chief Happiness Officer) d’une entreprise, je travaille trop consciencieusement au bien-être de mes spectateurs avec des sites web, des vidéos ou des goodies, jusqu’à osciller entre premier et second degrés, entre confort et malaise.
Pour cela, pratiques numériques et psychologie sociale permettent d’élaborer des objets intrusifs et normatifs, infiltrés dans les espaces qui me permettent de m’adresser directement à un public ciblé. Au risque que les pièces soient noyées dans la masse, je me retrouve alors à jouer au jeu de l’économie de l’attention.

Naser Dushica

Des actions telles que regarder, collecter, toucher, dessiner, gommer, redessiner, scanner, peindre, superposer, juxtaposer, repentir, aplatir, etc. font partie de mon vocabulaire de gestes usuels, appliqués à une variété de médiums souvent classiques, allant du dessin d’un objet dans un carnet à la peinture monumentale, où la figure humaine est un élément qui revient souvent sous un trait mélancolique.

Quelque part je cherche une ambiance d’inquiétante étrangeté – évoquant certaines peintures de Luc Tuymans – couverte de couleurs vives inspirées et formulées à la façon des peintres impressionnistes et postimpressionnistes.
À partir de l’observation de mon environnement, je formule des compositions et des appropriations d’images, en mettant en place des méthodes de production d’idées, insérées dans des pages de livres (à coté des images et textes) sur des plaques en plâtre, des murs, etc. Je m’applique ainsi à reproduire ces images en peinture, dessin, sculpture, en essayant de les traduire en divers médiums, notamment pour suggérer des pistes de compréhension de l’expérience de ces pratiques vis-à-vis de la réalité, dans leur rapport double au temps.

La vitalité expressive de ma pratique se trouve dans sa fragilité, des reformulations et transfigurations. En s’interrogeant sur son statut, en étant en proie d’une infinité de doutes sur son devenir et son avenir, elle se penche sur des questions qui s’orientent sur l’inquiétude camouflée d’une certaine forme de reproductions classiques. Il s’agit dès lors d’interroger et de mettre en valeur ce qu’une image cache, ce qu’une image donne et ce qu’elle garde pour elle.

Ma pratique est nourrie de références à l’art, de la peinture classique à l’art contemporain, en s’intéressant parfois davantage à certaines périodes au cours desquelles l’art à su s’adapter au monde.
Ma pratique de la peinture dialogue avec la photographie mais ces deux formes d’expressions ne font pas le chemin en binaire / binôme. Quant à la photographie, elle occupe dans ma méthodologie de travail une fonction de documentation, à la source d’un travail de peinture, de dessin et de sculpture, chacune de ces formes s’exprimant de manière tout à fait autonome.