Timothé Dichampt-Derossy

Questionner des paysages, des formes urbaines, des images, qui tendent à se désagréger, se distordre, disparaître, et par là, par le biais de ce processus d’effondrement et de reconstruction, s’écroulant et se relevant au cœur de leurs propres ruines, laissent apparaître des espaces nébuleux et incertains, oscillants sur le fil du rasoir, dans un instant de tension appartenant à un autre espace-temps.

Rejouer les allers et retours entre l’état, la perception et la conception des espaces, la façon dont les territoires se superposent dans l’espace du réel comme celui du sensible, prendre à rebours les vues de l’esprit et la perception oculaire, en créant une zone de friction entre fiction et réalité, entre possible et probable, ouvrant une voie vers une fictionnalisation potentielle, un entre-deux de l’interprétation du sens et de la forme, un songe, de l’espace et des espaces, de leurs pleins, de leurs vides, de leurs possibles.

Jimmy Beauquesne

Je mène un travail de dessin et d’installation au sein duquel j’hybride espaces intérieurs, ornementation et pop-stars.
Mon travail s’élabore dans des allers-retours entre espace réel, espace des écrans et espace du dessin. Les pièces agissent comme une sorte de membrane entre ces différentes réalités.
Cette reprise systématique par le dessin crée des déjà-vus, des motifs, dans un jeu de faux semblants. Dans les installations le visiteur est pris au sein d’une enquête sans épilogue, où les pièces deviennent suspectes les unes pour les autres.
Les objets composent un décor déserté dont la végétation et le gris ambiant constituent le paysage. En résulte des formes souvent incomplètes, dont la composition joue des pleins et des réserves. Les personnages, comme rescapés, ne sont que des restes d’images que je travaille par collage, des corps issus des écrans. Mon intérêt pour la pop culture et les idoles réside dans la possibilité pour ces images fabriquées de chuter à leur tour.
A la rencontre entre ces fragments du réel et des écrans, le travail constitue ainsi un troisième lieu, une porosité entre intérieur et extérieur, intime et public. Ces paroles chantées par Britney Spears « baby can’t you see (…) I’m falling » pourraient constituer un statement.

Fan Bai

Je me pose beaucoup de questions sur l’humain, quelle est notre nature, comment elle fonctionne ? Quels sont nos besoins, comment les réalise-t-on ? Le système biologique du corps, est lié avec le comportement, le schéma du mouvement corporel. La définition de l’humain qui vient de la pensée évolue avec le développement de la science, de la société etc., du genre humain et des autres espèces, de la société et technologie d’aujourd’hui. Comment s’adapte-t-on ? Le phénomène apparait chez les êtres humains liés avec des changements de leur environnement… Quel est notre désir, qu’est ce que notre travail nous oblige à faire ? Je m’intéresse au nouveau genre humain, un genre décalé, libéré de notre genre existant. Il semble une utopie, une fiction mais il est complètement lié à l’évolution de notre histoire. Le transhumanisme ou les questions du post-humain…
Je fais de la vidéo, installation vidéo, performance, dessin animé etc. C’est intéressant de travailler à travers différents médias mais autour de la vidéo.

Alessandra Abruzzese

 

Ideosenhos

Je pensais à une nouvelle langue, dans une nouvelle forme plastique, son écriture propre, traduire l’intraduisible dans toute et aucune langue au même temps.
Je les raconte, mais ils n’ont pas besoin de moi. Il s’agit d’idéogrammes inventés qui viennent nous raconter à travers des dessins gravés sur du papier des idées, des histoires. Le sens de lecture viens du coin gauche inférieure et s’élève verticalement, les idéogrammes ne sont pas des lettres mais des mots, des fois un seul, des fois plusieurs, ça peut-être des notions, tout dépend du contexte.
Un lexique permet de déchiffrer les ideosenhos.

Ideosenhos, 2014
Extrait de l’édition Ideosenhos.
Gravure numérique sur papier 200g.

 

« Un texte sur un texte (son interprétation,son commentaire) et l’image d’un texte (peinture d’un livre, d’une lettre) peuvent-ils s’échanger ? Le texte fait-il image de celui qu’il interprète ?
L’image fait-elle texte sur le texte qu’elle aussi interprète ? {…}
C’est toujours en tension. il y a du tirage, de la traction : pour tout dire, du trait.
Ça tire et trace de part et d’autre d’une ligne invisible, non tracée,qui passe entre les deux sans passer nulle part.
Ça ne tire et trace peut être rien d’autre que cette ligne impalpable… De toutes façon, il ne s’agit pas ici et là des mêmes yeux : il y a ceux de l’esprit et ceux du corps. »

Sans commune mesure, L’oscillation distincte, Jean-Luc Nancy, extrait.

Charlène Bogani

FILM
n.m. (mot angl.).
1. “ -On m’avait dit que je devais faire du cinéma.
Alors on m’a posé là. Je devais être à l’origine d’une “oeuvre”.
Je vois des gens passer devant moi, ils s’affairent à gauche et à droite sans me prêter aucune attention.
L’endroit n’est pas très agréable en plus, la vue est bouchée et la lumière ne me convient pas.
2. Ils pensent sûrement en savoir plus que moi sur le sujet. Sans me faire de film je pense n’être qu’un instrument pour eux.
Et pourtant, j’ai vu tellement de choses, je me souviens de tout, je pourrais tout leur montrer encore et encore.
Sans moi ils ne pourraient rien faire, ils gesticuleraient pour eux-mêmes, sans public, sans intérêt.
Il n’y aurait plus de cadre, plus de perspective, plus de mouvement, plus de troisième oeil.
3. Mais je ne suis qu’un appareil dans cette industrie, je n’ai qu’une valeur technique.
Je suis une invention qui fait ce qu’on lui demande.
Ce n’est pas moi qui crée le rêve.
4. Ah, ça s’agite autour de moi, je vais entrer en piste.
“ -Moteur…”,
on actionne mon mécanisme,
c’est à moi,
je fais ce que j’ai à faire.”

SCENARIO
n.m. (ital. scenario, de scena, scène).
1. EXT / NUIT : Une rue dont les lampadaires sont allumés. Un chat sur le trottoir se faufile le long d’un mur.
Une fenêtre laisse découvrir une pièce. A l’intérieur, une lampe de chevet sur une table où sont éparpillées de nombreuses feuilles. Un homme est assis devant, de dos.
2. INT / NUIT : Une main saisit un stylo sur la table. Elle le fait bouger dans tous les sens
par de petits gestes rapides, et le tapote sur la table. Elle le porte jusqu’à une bouche qui le mâchouille.
Les yeux regardant en contre-bas semblent lire quelque chose.
Sur la table, l’autre main tient une feuille sur laquelle est écrit
“A tourner : Scène 1 : EXT / NUIT :” .
La main au stylo vient rajouter
“Une rue dont les lampadaires sont allumés.
Un chat sur le trottoir se..”

MEMOIRE
n.f (lat. memoria). n.m.
1. Je me souviens avoir voulu parler de cinéma.
Non, ce n’est pas ça.
2. Je me souviens avoir voulu comprendre les images.
Non.
3. Je ne me souviens plus très bien, mais il était question d’histoires, ou peut-être juste de
vérité.
Je crois que ce n’est toujours pas ça.
4. J’ai voulu rentrer dans le grain, vivre son mouvement.
A moins qu’il n’eût s’agit que d’oublier.
5. J’ai voulu partager, ça je m’en rappelle.
Enfin je crois.
6. Je voulais parler de moi pour qu’ils se voient eux. Je voulais me souvenir de cette envie.
Il fallait la faire vivre.
7. J’ai mis des mots les uns après les autres, mais je ne voyais que des sensations.
Et des images surtout.
Chaque mot est une image, chaque mémoire est un film.
Je crois qu’il est préférable d’oublier pour mieux se souvenir.

Extraits de L’image rêvée, 2014, mémoire de fin d’étude