Naser Dushica

Des actions telles que regarder, collecter, toucher, dessiner, gommer, redessiner, scanner, peindre, superposer, juxtaposer, repentir, aplatir, etc. font partie de mon vocabulaire de gestes usuels, appliqués à une variété de médiums souvent classiques, allant du dessin d’un objet dans un carnet à la peinture monumentale, où la figure humaine est un élément qui revient souvent sous un trait mélancolique.

Quelque part je cherche une ambiance d’inquiétante étrangeté – évoquant certaines peintures de Luc Tuymans – couverte de couleurs vives inspirées et formulées à la façon des peintres impressionnistes et postimpressionnistes.
À partir de l’observation de mon environnement, je formule des compositions et des appropriations d’images, en mettant en place des méthodes de production d’idées, insérées dans des pages de livres (à coté des images et textes) sur des plaques en plâtre, des murs, etc. Je m’applique ainsi à reproduire ces images en peinture, dessin, sculpture, en essayant de les traduire en divers médiums, notamment pour suggérer des pistes de compréhension de l’expérience de ces pratiques vis-à-vis de la réalité, dans leur rapport double au temps.

La vitalité expressive de ma pratique se trouve dans sa fragilité, des reformulations et transfigurations. En s’interrogeant sur son statut, en étant en proie d’une infinité de doutes sur son devenir et son avenir, elle se penche sur des questions qui s’orientent sur l’inquiétude camouflée d’une certaine forme de reproductions classiques. Il s’agit dès lors d’interroger et de mettre en valeur ce qu’une image cache, ce qu’une image donne et ce qu’elle garde pour elle.

Ma pratique est nourrie de références à l’art, de la peinture classique à l’art contemporain, en s’intéressant parfois davantage à certaines périodes au cours desquelles l’art à su s’adapter au monde.
Ma pratique de la peinture dialogue avec la photographie mais ces deux formes d’expressions ne font pas le chemin en binaire / binôme. Quant à la photographie, elle occupe dans ma méthodologie de travail une fonction de documentation, à la source d’un travail de peinture, de dessin et de sculpture, chacune de ces formes s’exprimant de manière tout à fait autonome.

Timothé Dichampt-Derossy

Questionner des paysages, des formes urbaines, des images, qui tendent à se désagréger, se distordre, disparaître, et par là, par le biais de ce processus d’effondrement et de reconstruction, s’écroulant et se relevant au cœur de leurs propres ruines, laissent apparaître des espaces nébuleux et incertains, oscillants sur le fil du rasoir, dans un instant de tension appartenant à un autre espace-temps.

Rejouer les allers et retours entre l’état, la perception et la conception des espaces, la façon dont les territoires se superposent dans l’espace du réel comme celui du sensible, prendre à rebours les vues de l’esprit et la perception oculaire, en créant une zone de friction entre fiction et réalité, entre possible et probable, ouvrant une voie vers une fictionnalisation potentielle, un entre-deux de l’interprétation du sens et de la forme, un songe, de l’espace et des espaces, de leurs pleins, de leurs vides, de leurs possibles.

Jimmy Beauquesne

Je mène un travail de dessin et d’installation au sein duquel j’hybride espaces intérieurs, ornementation et pop-stars.
Mon travail s’élabore dans des allers-retours entre espace réel, espace des écrans et espace du dessin. Les pièces agissent comme une sorte de membrane entre ces différentes réalités.
Cette reprise systématique par le dessin crée des déjà-vus, des motifs, dans un jeu de faux semblants. Dans les installations le visiteur est pris au sein d’une enquête sans épilogue, où les pièces deviennent suspectes les unes pour les autres.
Les objets composent un décor déserté dont la végétation et le gris ambiant constituent le paysage. En résulte des formes souvent incomplètes, dont la composition joue des pleins et des réserves. Les personnages, comme rescapés, ne sont que des restes d’images que je travaille par collage, des corps issus des écrans. Mon intérêt pour la pop culture et les idoles réside dans la possibilité pour ces images fabriquées de chuter à leur tour.
A la rencontre entre ces fragments du réel et des écrans, le travail constitue ainsi un troisième lieu, une porosité entre intérieur et extérieur, intime et public. Ces paroles chantées par Britney Spears « baby can’t you see (…) I’m falling » pourraient constituer un statement.

Fan Bai

Je me pose beaucoup de questions sur l’humain, quelle est notre nature, comment elle fonctionne ? Quels sont nos besoins, comment les réalise-t-on ? Le système biologique du corps, est lié avec le comportement, le schéma du mouvement corporel. La définition de l’humain qui vient de la pensée évolue avec le développement de la science, de la société etc., du genre humain et des autres espèces, de la société et technologie d’aujourd’hui. Comment s’adapte-t-on ? Le phénomène apparait chez les êtres humains liés avec des changements de leur environnement… Quel est notre désir, qu’est ce que notre travail nous oblige à faire ? Je m’intéresse au nouveau genre humain, un genre décalé, libéré de notre genre existant. Il semble une utopie, une fiction mais il est complètement lié à l’évolution de notre histoire. Le transhumanisme ou les questions du post-humain…
Je fais de la vidéo, installation vidéo, performance, dessin animé etc. C’est intéressant de travailler à travers différents médias mais autour de la vidéo.

Alessandra Abruzzese

 

Ideosenhos

Je pensais à une nouvelle langue, dans une nouvelle forme plastique, son écriture propre, traduire l’intraduisible dans toute et aucune langue au même temps.
Je les raconte, mais ils n’ont pas besoin de moi. Il s’agit d’idéogrammes inventés qui viennent nous raconter à travers des dessins gravés sur du papier des idées, des histoires. Le sens de lecture viens du coin gauche inférieure et s’élève verticalement, les idéogrammes ne sont pas des lettres mais des mots, des fois un seul, des fois plusieurs, ça peut-être des notions, tout dépend du contexte.
Un lexique permet de déchiffrer les ideosenhos.

Ideosenhos, 2014
Extrait de l’édition Ideosenhos.
Gravure numérique sur papier 200g.

 

« Un texte sur un texte (son interprétation,son commentaire) et l’image d’un texte (peinture d’un livre, d’une lettre) peuvent-ils s’échanger ? Le texte fait-il image de celui qu’il interprète ?
L’image fait-elle texte sur le texte qu’elle aussi interprète ? {…}
C’est toujours en tension. il y a du tirage, de la traction : pour tout dire, du trait.
Ça tire et trace de part et d’autre d’une ligne invisible, non tracée,qui passe entre les deux sans passer nulle part.
Ça ne tire et trace peut être rien d’autre que cette ligne impalpable… De toutes façon, il ne s’agit pas ici et là des mêmes yeux : il y a ceux de l’esprit et ceux du corps. »

Sans commune mesure, L’oscillation distincte, Jean-Luc Nancy, extrait.