Zohreh Zavareh

Dialogue extrait de la pièce – Sans titre, 2014
Une lampe, un arrosoir, un tuyau, une horloge
Objets et dispositif sonore.


L’arrosoir : Le vent l’a emporté
Le tuyau : Vraiment, je me souviens. Tout y était jusqu’à ces derniers temps.
La lampe : Alors pourquoi il ne nous a pas emportés ?
Le tuyau : Comment tu sais qu’il n’est plus là ?
L’arrosoir : C’est pourtant clair, auparavant, quand il pleuvait, quand la terre se mouillait, son odeur se répandait partout. Maintenant, ça ne sent plus rien.
La lampe : Alors, où s’infiltre l’eau de pluie ?
L’arrosoir : Le vent l’absente
Le tuyau : On est où ?
La lampe : là

Amandine Capion

La collecte, et la récupération plus particulièrement, sur des chantiers, sont les moyens pour moi de montrer ce paysage urbain en perpétuelle mutation.
La ville en chantier est une ville qui se redéfinit constamment sans jamais rester figée dans un tout remarquable.
Il y a dans ma pratique, des tentatives de capter des matières informes, entraînées dans un mouvement de chantier.
Les pièces réalisées prennent diverses formes itinérantes à l’image de la récolte en train de se faire.
Elles sont le fruit d’un travail mené en extérieur puis ramenées en atelier.
Ce dernier devenant alors l’épicentre de mes collections de matériaux.

www.amandinecapion.com

 

https://www.esacm.fr/actu/alumni-portrait-diplome-e-s-amandine-capion/

 

Marta Cristini

Dans une pièce vide, l’artiste nomade s’arrête avec son sac à dos. Dans ce temps transitoire et provisoire, il prend possession du lieu. Il le mesure avec ses pas, il l’investi avec ses gestes.
Dans le sac à dos reposent ses pièces ; elles attendent de sortir, se déplier, dérouler, d’être activées.

Dans la pièce vide, au fur et à mesure l’artiste recouvre le sol, habille les murs, déploie ses matières et ses outils.
Le lieu d’installation/exposition en tant qu’espace à habiter.
Espace à construire et déconstruire, entre geste et matière.

Dans la pièce, l’artiste nomade crée un dispositif éphémère. Se déployant pour ensuite se défaire : les pièces se replient et retournent dans le sac à dos. L’artiste bouge, les pièces la suivent.

L’espace-temps dédié au diplôme et à son installation devient l’espace et le temps d’une étape.

Matthieu Dussol

Mes propositions utilisent essentiellement l’image dans son mode d’apparition et de disparition, la mise en scène d’objets ou les rapports d’échelles. Une partie de mon travail est aussi axée sur l’objet sculptural comme objet à filmer. L’image dans la sculpture. Que reste-t-il de la sculpture quand on la montre de manière filmique ou photographique ? Ces objets sculpturaux reprennent généralement des formes du paysage. Ce sont les traces laissées, les empreintes et les mouvements du paysage, qui font émerger les images que je propose. Elles apparaissent ou disparaissent dans les propositions plastiques, comme autant de paysages changeants selon la lumière, l’activité de l’Homme, de la nature elle-même ou de sa représentation en sculpture. Depuis peu, mes recherches s’orientent sur l’écriture de scénarios ayant comme point de départ des paysages aux frontières discrètes ou invisibles. Une forme d’exploration de territoires amenant à des narrations documentaires et fictives. Les notions de proche et de lointain, d’apparent et inapparent restent fortement présents dans mon travail. L’humain devient un point centrale du travail. La forme de l’entretien et la mise en scène entrent désormais dans mes préoccupations artistiques.

Marine Joulie

Ton corps est allongé sur le sol maintenant, tes bras sont étendus,
tes pieds sont relâchés,
ce sont tes genoux, ton bassin,
qui articulent tes gestes,
ta marche,
avec l’appui du bassin.
Le dos est toujours en arrière, cambré.
Ta main,
roule devant toi,
tu te tournes,
tu te pousses avec l’aide de ta main droite, replie-toi comme une chenille,
tu es de nouveau sur la tranche de ton corps, sur le matelas qui sent le gymnase du collège, tu respires,
et tu recommences

 

Louise Porte

Il y a des images récoltées de voyages, du théâtre, de la peinture, du cinéma, de rêves, d’expériences vécues, qui sont réappropriées et rejouées sous d’autres formes. C’est un travail qui s’articule autour de la narration et de la mise en scène.
Je raconte des histoires à travers des installations, des vidéos, des textes, des couleurs.
C’est de l’extérieur que les choses se passent.

www.louiseporte.wixsite.com/louiseporte

 

Clara Puleio

Enregistrer l’éphémère

Le travail de Clara Puleio se préoccupe d’enregistrer l’éphémère, le fugace, saisissant la trace de ce qui reste et perdure, d’une situation, d’un événement, d’un geste, au delà du court instant de la persistance rétinienne, de ce qui s’est produit et qui, depuis, s’est perdu.
Elle recueille ou reconstitue, comme autant d’indices, les empreintes laissées sur un support : soit en partant de l’enregistrement direct du mouvement, soit par le moulage à la manière de l’archéologue, soit par la condensation de l’objet, soit par sa reproduction symbolique.

Au delà de la forme, le projet est de retenir au bord de sa disparition, cette impression première que le temps dégrade, en en réactivant au moins la sensation : l’émotion née d’un mouvement ou de la forme d’une pliure qui s’efface, l’ombre qui matérialise le souvenir d’une forme ou d’une présence. […]

Jean-Paul Blanchet

 

Valentine Ridde

Une discussion entre Kevin Desbouis et Valentine Ridde

Kevin Desbouis : Valentine, tes pièces me donnent souvent l’impression d’être dans ce moment d’attente qui précède un concert ou un rendez-vous galant, qu’en dis-tu ?

Valentine Ridde : Je crois qu’au final, c’est un peu dans ce moment-là que tout commence, ça laisse de la place à l’imprévu… et… il se passe toujours une multitude de choses durant ce temps-là. Je dirais que c’est comme un raccourci où le retard devient acceptable. Et il me semble que dans mon travail, ça commence comme ça… je veux dire par là que les rendez-vous deviennent des prétextes pour créer… une sorte d’invitation à partager une histoire dans un temps donné mais dont le spectateur n’aurait qu’une bribe, il y a donc pas vraiment de début, ni de fin.

KD : Aussi, je commets déjà une erreur, car je ne suis pas certain qu’il s’agisse toujours à proprement parler de pièces. J’ai le sentiment qu’une grande partie de ta pratique consiste à déformaliser les choses non ?

VR : Oui, j’ai jamais réellement su ranger les pièces dans leurs boîtes, et « formaliser » les choses me donne la chair de poule… à mon avis, il faut toujours garder une issue sous le tapis ou une sortie de secours…

KD : Il y a quelques années tu portais ce pull à paillettes dans l’obscurité, et lorsque tu craquais des allumettes les paillettes disposées sur le pull se rappelaient à nous. Plus précisément, je crois que cela produisait… cela créait un clignement, comme un courant alternatif. À mon sens, c’était ton feu d’artifice personnel. Ce que je veux dire… ce que tu désires faire de ta vie, un art de la non-célébration, du non-évènement… de l’opportunité manquée… et on revient à l’idée de ne pas faire de pièces au sens strict, échapper à la pièce, et dans ce cas, tout est changé…

KD : Chacune de tes propositions contient en elle-même l’idée d’un délai, ou d’un laps de temps. (J’indique que laps est aussi le mot anglais pour désigner un tour de piste dans un circuit automobile) Ces deux mots constituent à mon sens un véritable enjeu dans ton travail. L’idée même que le temps artificiel de la présentation, de la représentation déborde de son cadre, se passe presque hors du temps… Je n’ai pas vraiment de gêne à te décrire comme une artiste conceptuelle, ou une performeuse qui s’ignore.

VR : Quel tête-à-queue ! Je peux dire que mes joues rosissent…
Oui, la performance est quelque chose vers lequel je tends de plus en plus, et ce vers quoi je veux tendre davantage. C’est amusant parce que je repense à quelques années en arrière… il m‘était incapable de réciter une poésie en public…

KD : On me racontait que Jean Pierre Léaud avait des crampes terribles à la mâchoire, que ça pouvait durer des heures, qu’il y avait des images de ça. Rien sur google… Quelles images vont survivre au fait de ne pas être sur google ? J’ai le sentiment que tu as comme une forme de réticence à l’idée de garder une trace de ce qui advient lorsque tu interviens quelque part, je me trompe ?

VR : C’est drôle que tu parles de ça, parce qu’en ce moment je regarde « OUT 1 » de Rivette, et Jean-Pierre Léaud joue un muet. Et oui, je crois que j’ai un problème avec les images, avec le fait de vouloir à tout prix capturer un moment, garder une trace, et ça va de pire en pire avec les nouvelles technologies, une consommation qui laisse de moins en moins de place à l’expérience. Dans Le Banquet de Platon, il y a Socrate, qui arrive en retard…

www.valentineridde.com

Jean-Roméo Kamptchouang-Ngamo

Au moins une fois, on s’est surpris en train de penser qu’on n’est pas venu sur cette terre pour ne faire que ce que nous disent les autres, qu’on n’est pas ici seulement pour payer les factures ou les impôts et qu’on a peut-être une autre raison d’être. Quelque chose qui nous réjouirait, nous égayerait, nous épanouirait… On ne verrait plus passer le temps, on ne saurait plus si on est intelligent ou pas, si on est riche ou pauvre, on ne saurait plus de quelle race on est. Quelque chose qu’on ferrait pour se sentir à sa place, pour se sentir rayonner. Cette chose ou cette place se trouve je ne sais où, mais quelque chose en moi me dit que cette place existe et qu’il faut la trouver. Comment donc la trouver ? Cette place serait-elle un ensemble, une série ou plutôt une succession de petites places ? Ou alors serait-elle comme une devinette introuvable, une énigme ? Une quête incessante, comme un chien qui court après sa queue sans jamais l’attraper. Notre raison d’être serait-elle cet ensemble de places qu’on cherche à occuper tout au long de notre vie, comme on cherche sans cesse la Vérité ? Cette quête permanente de la vérité, de notre place ou de notre raison d’être est également la mienne que je tente de mettre sur ce que j’appellerais une table à palabre publique, sous forme de sculptures, de peintures, de performances… d’objets spécifiques ! La place que je symbolise par une chaise est l’objet qui nous dicte, par le biais de la pensée, la vie que nous menons. La pensée est selon moi, l’élément à travers lequel l’Homme existe mais également l’élément qui empêcherait ce dernier d’exister. Toutes nos actions ne tendent qu’à créer du plaisir, à obtenir ce qu’on veut ou à rejeter les choses indésirables. C’est ce que S. Freud appelait : « principe de plaisir ». Cette pensée de ce qu’on veut qui devient incontrôlable constitue le cœur de mon travail. J’essaie de créer des places, des espaces, des lieux de passages pour les pensées nouvelles, où l’on pourra se reconnecter à la spirale vie, à la loi du changement, où l’on pourra rayonner. Je me sens dans un monde en panne de spiritualité, où l’on passe notre temps à chercher le bonheur à l’extérieur de nous comme s’il s’agissait d’une chaussure bon marché. Gustave Jung disait : « celui qui regarde à l’extérieur rêve et celui qui regarde à l’intérieur est éveillé ».

 

Norman Nedellec

Mon travail se nourrit d’un rapport intime avec le paysage non-urbain. Il peut s’exprimer à travers différents médiums, liés à l’image et au récit. Il donne un point de vue sensible du paysage, opérant par un souci d’attention, de ressenti, d’accumulation de matière, et de construction spatio-temporel aussi bien physique que mental. En 2015, j’achevais la construction d’une cabane aux abords d’une forêt, je cristallisais à la fois une position entre le domestique et le sauvage et, en même temps, encrais mon atelier dans un environnement habité par la faune et la flore. Cet encrage m’ouvrit sur une conscience du vivant désanthropocentrée, une connaissance sensible des cycles naturels et donc, à questionner les différentes formes de vie résidentes autour de la cabane.

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