Si un lieu est une portion d’espace déterminé, alors, au contraire, il devrait exister des portions d’espaces indéterminés. On les appellerait alors, d’une manière logique, des non-lieux. Ils n’auraient pas de matérialité propre, ni de forme particulière. Ils seraient des masses mouvantes qui apparaissent, disparaissent, reculent et se fondent dans le décor.
Ils seraient invisibles, cachés, délaissés, traversés. Jamais vraiment habités. Ils seraient en bord de, en marge de. Ou bien ils seraient fabriqués. Inventés. Ils seraient aussi vivants, en attente de passage. Ils auraient en eux le désir de garder des traces, des êtres, des sensations, des émotions. Ces non-lieux rendraient alors complexe notre vision du paysage. Comment, où et quand se situerait le passage qui permettrait de basculer des lieux aux non-lieux? (…)
Archives : Diplômés
Rémy Tardieu

« Une images brouillée, le bip d’un minuteur sont captés, ils deviennent notes, instruments, matières.
Chaque silences se transforment en douce mélodie « noise ».
Traversé par divers influences musicales tels que la musique narrative, ethnique, électronique et expérimentale, les répertoires sont découpés, montés et sont l’âme des installations d’une personnalité discrète au travail bruyant.
Des esthétiques urbaines, grinçantes sont souvent les supports d’un voyage entre les formes où le son, nourrit de différents paysages, de différentes ambiances, devient outils plastique à part entière. »
Armance Rougiron
Zohreh Zavareh
Dialogue extrait de la pièce – Sans titre, 2014
Une lampe, un arrosoir, un tuyau, une horloge
Objets et dispositif sonore.
–
L’arrosoir : Le vent l’a emporté
Le tuyau : Vraiment, je me souviens. Tout y était jusqu’à ces derniers temps.
La lampe : Alors pourquoi il ne nous a pas emportés ?
Le tuyau : Comment tu sais qu’il n’est plus là ?
L’arrosoir : C’est pourtant clair, auparavant, quand il pleuvait, quand la terre se mouillait, son odeur se répandait partout. Maintenant, ça ne sent plus rien.
La lampe : Alors, où s’infiltre l’eau de pluie ?
L’arrosoir : Le vent l’absente
Le tuyau : On est où ?
La lampe : là
Amandine Capion
La collecte, et la récupération plus particulièrement, sur des chantiers, sont les moyens pour moi de montrer ce paysage urbain en perpétuelle mutation.
La ville en chantier est une ville qui se redéfinit constamment sans jamais rester figée dans un tout remarquable.
Il y a dans ma pratique, des tentatives de capter des matières informes, entraînées dans un mouvement de chantier.
Les pièces réalisées prennent diverses formes itinérantes à l’image de la récolte en train de se faire.
Elles sont le fruit d’un travail mené en extérieur puis ramenées en atelier.
Ce dernier devenant alors l’épicentre de mes collections de matériaux.

https://www.esacm.fr/actu/alumni-portrait-diplome-e-s-amandine-capion/
Marta Cristini

Dans une pièce vide, l’artiste nomade s’arrête avec son sac à dos. Dans ce temps transitoire et provisoire, il prend possession du lieu. Il le mesure avec ses pas, il l’investi avec ses gestes.
Dans le sac à dos reposent ses pièces ; elles attendent de sortir, se déplier, dérouler, d’être activées.
Dans la pièce vide, au fur et à mesure l’artiste recouvre le sol, habille les murs, déploie ses matières et ses outils.
Le lieu d’installation/exposition en tant qu’espace à habiter.
Espace à construire et déconstruire, entre geste et matière.
Dans la pièce, l’artiste nomade crée un dispositif éphémère. Se déployant pour ensuite se défaire : les pièces se replient et retournent dans le sac à dos. L’artiste bouge, les pièces la suivent.
L’espace-temps dédié au diplôme et à son installation devient l’espace et le temps d’une étape.
Matthieu Dussol
Mes propositions utilisent essentiellement l’image dans son mode d’apparition et de disparition, la mise en scène d’objets ou les rapports d’échelles. Une partie de mon travail est aussi axée sur l’objet sculptural comme objet à filmer. L’image dans la sculpture. Que reste-t-il de la sculpture quand on la montre de manière filmique ou photographique ? Ces objets sculpturaux reprennent généralement des formes du paysage. Ce sont les traces laissées, les empreintes et les mouvements du paysage, qui font émerger les images que je propose. Elles apparaissent ou disparaissent dans les propositions plastiques, comme autant de paysages changeants selon la lumière, l’activité de l’Homme, de la nature elle-même ou de sa représentation en sculpture. Depuis peu, mes recherches s’orientent sur l’écriture de scénarios ayant comme point de départ des paysages aux frontières discrètes ou invisibles. Une forme d’exploration de territoires amenant à des narrations documentaires et fictives. Les notions de proche et de lointain, d’apparent et inapparent restent fortement présents dans mon travail. L’humain devient un point centrale du travail. La forme de l’entretien et la mise en scène entrent désormais dans mes préoccupations artistiques.
Marine Joulie
Ton corps est allongé sur le sol maintenant, tes bras sont étendus,
tes pieds sont relâchés,
ce sont tes genoux, ton bassin,
qui articulent tes gestes,
ta marche,
avec l’appui du bassin.
Le dos est toujours en arrière, cambré.
Ta main,
roule devant toi,
tu te tournes,
tu te pousses avec l’aide de ta main droite, replie-toi comme une chenille,
tu es de nouveau sur la tranche de ton corps, sur le matelas qui sent le gymnase du collège, tu respires,
et tu recommences

Louise Porte
Il y a des images récoltées de voyages, du théâtre, de la peinture, du cinéma, de rêves, d’expériences vécues, qui sont réappropriées et rejouées sous d’autres formes. C’est un travail qui s’articule autour de la narration et de la mise en scène.
Je raconte des histoires à travers des installations, des vidéos, des textes, des couleurs.
C’est de l’extérieur que les choses se passent.
www.louiseporte.wixsite.com/louiseporte


Clara Puleio
Enregistrer l’éphémère
Le travail de Clara Puleio se préoccupe d’enregistrer l’éphémère, le fugace, saisissant la trace de ce qui reste et perdure, d’une situation, d’un événement, d’un geste, au delà du court instant de la persistance rétinienne, de ce qui s’est produit et qui, depuis, s’est perdu. Elle recueille ou reconstitue, comme autant d’indices, les empreintes laissées sur un support : soit en partant de l’enregistrement direct du mouvement, soit par le moulage à la manière de l’archéologue, soit par la condensation de l’objet, soit par sa reproduction symbolique.
Au delà de la forme, le projet est de retenir au bord de sa disparition, cette impression première que le temps dégrade, en en réactivant au moins la sensation : l’émotion née d’un mouvement ou de la forme d’une pliure qui s’efface, l’ombre qui matérialise le souvenir d’une forme ou d’une présence. […]
Jean-Paul Blanchet
Valentine Ridde
Une discussion entre Kevin Desbouis et Valentine Ridde
Kevin Desbouis : Valentine, tes pièces me donnent souvent l’impression d’être dans ce moment d’attente qui précède un concert ou un rendez-vous galant, qu’en dis-tu ?
Valentine Ridde : Je crois qu’au final, c’est un peu dans ce moment-là que tout commence, ça laisse de la place à l’imprévu… et… il se passe toujours une multitude de choses durant ce temps-là. Je dirais que c’est comme un raccourci où le retard devient acceptable. Et il me semble que dans mon travail, ça commence comme ça… je veux dire par là que les rendez-vous deviennent des prétextes pour créer… une sorte d’invitation à partager une histoire dans un temps donné mais dont le spectateur n’aurait qu’une bribe, il y a donc pas vraiment de début, ni de fin.
KD : Aussi, je commets déjà une erreur, car je ne suis pas certain qu’il s’agisse toujours à proprement parler de pièces. J’ai le sentiment qu’une grande partie de ta pratique consiste à déformaliser les choses non ?
VR : Oui, j’ai jamais réellement su ranger les pièces dans leurs boîtes, et « formaliser » les choses me donne la chair de poule… à mon avis, il faut toujours garder une issue sous le tapis ou une sortie de secours…
KD : Il y a quelques années tu portais ce pull à paillettes dans l’obscurité, et lorsque tu craquais des allumettes les paillettes disposées sur le pull se rappelaient à nous. Plus précisément, je crois que cela produisait… cela créait un clignement, comme un courant alternatif. À mon sens, c’était ton feu d’artifice personnel. Ce que je veux dire… ce que tu désires faire de ta vie, un art de la non-célébration, du non-évènement… de l’opportunité manquée… et on revient à l’idée de ne pas faire de pièces au sens strict, échapper à la pièce, et dans ce cas, tout est changé…
KD : Chacune de tes propositions contient en elle-même l’idée d’un délai, ou d’un laps de temps. (J’indique que laps est aussi le mot anglais pour désigner un tour de piste dans un circuit automobile) Ces deux mots constituent à mon sens un véritable enjeu dans ton travail. L’idée même que le temps artificiel de la présentation, de la représentation déborde de son cadre, se passe presque hors du temps… Je n’ai pas vraiment de gêne à te décrire comme une artiste conceptuelle, ou une performeuse qui s’ignore.
VR : Quel tête-à-queue ! Je peux dire que mes joues rosissent…
Oui, la performance est quelque chose vers lequel je tends de plus en plus, et ce vers quoi je veux tendre davantage. C’est amusant parce que je repense à quelques années en arrière… il m‘était incapable de réciter une poésie en public…
KD : On me racontait que Jean Pierre Léaud avait des crampes terribles à la mâchoire, que ça pouvait durer des heures, qu’il y avait des images de ça. Rien sur google… Quelles images vont survivre au fait de ne pas être sur google ? J’ai le sentiment que tu as comme une forme de réticence à l’idée de garder une trace de ce qui advient lorsque tu interviens quelque part, je me trompe ?
VR : C’est drôle que tu parles de ça, parce qu’en ce moment je regarde « OUT 1 » de Rivette, et Jean-Pierre Léaud joue un muet. Et oui, je crois que j’ai un problème avec les images, avec le fait de vouloir à tout prix capturer un moment, garder une trace, et ça va de pire en pire avec les nouvelles technologies, une consommation qui laisse de moins en moins de place à l’expérience. Dans Le Banquet de Platon, il y a Socrate, qui arrive en retard…