Alessandra Abruzzese

 

Ideosenhos

Je pensais à une nouvelle langue, dans une nouvelle forme plastique, son écriture propre, traduire l’intraduisible dans toute et aucune langue au même temps.
Je les raconte, mais ils n’ont pas besoin de moi. Il s’agit d’idéogrammes inventés qui viennent nous raconter à travers des dessins gravés sur du papier des idées, des histoires. Le sens de lecture viens du coin gauche inférieure et s’élève verticalement, les idéogrammes ne sont pas des lettres mais des mots, des fois un seul, des fois plusieurs, ça peut-être des notions, tout dépend du contexte.
Un lexique permet de déchiffrer les ideosenhos.

Ideosenhos, 2014
Extrait de l’édition Ideosenhos.
Gravure numérique sur papier 200g.

 

“Un texte sur un texte (son interprétation,son commentaire) et l’image d’un texte (peinture d’un livre, d’une lettre) peuvent-ils s’échanger ? Le texte fait-il image de celui qu’il interprète ?
L’image fait-elle texte sur le texte qu’elle aussi interprète ? {…}
C’est toujours en tension. il y a du tirage, de la traction : pour tout dire, du trait.
Ça tire et trace de part et d’autre d’une ligne invisible, non tracée,qui passe entre les deux sans passer nulle part.
Ça ne tire et trace peut être rien d’autre que cette ligne impalpable… De toutes façon, il ne s’agit pas ici et là des mêmes yeux : il y a ceux de l’esprit et ceux du corps.”

Sans commune mesure, L’oscillation distincte, Jean-Luc Nancy, extrait.

Charlène Bogani

FILM
n.m. (mot angl.).
1. “ -On m’avait dit que je devais faire du cinéma.
Alors on m’a posé là. Je devais être à l’origine d’une “oeuvre”.
Je vois des gens passer devant moi, ils s’affairent à gauche et à droite sans me prêter aucune attention.
L’endroit n’est pas très agréable en plus, la vue est bouchée et la lumière ne me convient pas.
2. Ils pensent sûrement en savoir plus que moi sur le sujet. Sans me faire de film je pense n’être qu’un instrument pour eux.
Et pourtant, j’ai vu tellement de choses, je me souviens de tout, je pourrais tout leur montrer encore et encore.
Sans moi ils ne pourraient rien faire, ils gesticuleraient pour eux-mêmes, sans public, sans intérêt.
Il n’y aurait plus de cadre, plus de perspective, plus de mouvement, plus de troisième oeil.
3. Mais je ne suis qu’un appareil dans cette industrie, je n’ai qu’une valeur technique.
Je suis une invention qui fait ce qu’on lui demande.
Ce n’est pas moi qui crée le rêve.
4. Ah, ça s’agite autour de moi, je vais entrer en piste.
“ -Moteur…”,
on actionne mon mécanisme,
c’est à moi,
je fais ce que j’ai à faire.”

SCENARIO
n.m. (ital. scenario, de scena, scène).
1. EXT / NUIT : Une rue dont les lampadaires sont allumés. Un chat sur le trottoir se faufile le long d’un mur.
Une fenêtre laisse découvrir une pièce. A l’intérieur, une lampe de chevet sur une table où sont éparpillées de nombreuses feuilles. Un homme est assis devant, de dos.
2. INT / NUIT : Une main saisit un stylo sur la table. Elle le fait bouger dans tous les sens
par de petits gestes rapides, et le tapote sur la table. Elle le porte jusqu’à une bouche qui le mâchouille.
Les yeux regardant en contre-bas semblent lire quelque chose.
Sur la table, l’autre main tient une feuille sur laquelle est écrit
“A tourner : Scène 1 : EXT / NUIT :” .
La main au stylo vient rajouter
“Une rue dont les lampadaires sont allumés.
Un chat sur le trottoir se..”

MEMOIRE
n.f (lat. memoria). n.m.
1. Je me souviens avoir voulu parler de cinéma.
Non, ce n’est pas ça.
2. Je me souviens avoir voulu comprendre les images.
Non.
3. Je ne me souviens plus très bien, mais il était question d’histoires, ou peut-être juste de
vérité.
Je crois que ce n’est toujours pas ça.
4. J’ai voulu rentrer dans le grain, vivre son mouvement.
A moins qu’il n’eût s’agit que d’oublier.
5. J’ai voulu partager, ça je m’en rappelle.
Enfin je crois.
6. Je voulais parler de moi pour qu’ils se voient eux. Je voulais me souvenir de cette envie.
Il fallait la faire vivre.
7. J’ai mis des mots les uns après les autres, mais je ne voyais que des sensations.
Et des images surtout.
Chaque mot est une image, chaque mémoire est un film.
Je crois qu’il est préférable d’oublier pour mieux se souvenir.

Extraits de L’image rêvée, 2014, mémoire de fin d’étude

Claire Goncalves

Il s’agit d’objets fabriqués et/ou détournés qui prennent place dans un ensemble de constructions en s’inspirant d’aménagements domestiques et de dispositifs d’expositions.
Les matériaux utilisés sont issus majoritairement du quotidien, et les techniques reprennent des procédés traditionnels.
L’ensemble génère la création de nouveaux éléments, c’est un prcessus, un “work in progress”.
Souvent interactifs, les dispositifs évoluent, se déploient, se combinent, et s’ajustent aux lieux.
Dans ces espaces structurés, le visiteur peut se laisser prendre au jeu de ces objets faussement familiers.

Pierre Frulloni

« Je cherche la fiction mais ni comme thématique, ni comme réflexion. Mais par ce qu’elle entraîne, dans l’appropriation de la forme, du temps. Pour se plonger dans une mémoire autre que la mienne […] l’espace des corps qui m’est inaccessible. »
Pierre crée un laboratoire, un bivouac… Un lieu qu’il a appelé, « l’espace des corps ». Un lieu où pour se rendre, il traverse des gestes, des matières, des notions comme une carte semée de recoins et d’embûches. Une entreprise semblable à Christophe Colomb pour commencer, comme lui, au-delà de toute retraite.
Cette retraite, il la doit à ses voyages qu’il garde dans un sac comme un monde acquis. Les mains serrées à ses lanières, le regard bouché par la densité du paysage, il sent qu’un nouveau vocabulaire s’offre à lui. Que son corps, comme premier outil, sera la clé de l’expérimentation qui l’attend.
Pour ce faire Pierre fait de la peinture et raconte des histoires.

pierrefrulloni.com

Mélaine Guitton

Mon travail de peintre se développe principalement autour de la question du paysage, qu’il soit urbain ou rural, classique ou contemporain. Le paysage est une création humaine, même lorsqu’il parait « sauvage ». Il est façonné à la fois par la culture et par les mains des hommes.

Trouver les lieux qui vont m’inspirer nécessite une déambulation. J’aime l’idée d’aller à la rencontre de ses endroits qui vont m’intriguer, me questionner, fasciner. Je vais parfois chercher quelques choses de précis, d’autres fois laisser la rencontre m’inspirer.  Que ce soit dans la déambulation ou dans le travail plastique je laisse une place importante au hasard. Cette idée d’un lâcher prise sur son propre travail me plait. Tout comme le paysage c’est une notion courante dans l’histoire de l’art.

La question de la matière est aussi importante dans mon travail, que ce soit avec l’épaisseur de la peinture, ses craquèlements mais aussi sa liquidité, sa fluidité ou la trame d’une épreuve pigmentaire, le pixel d’une image de basse qualité, ou la légèreté du plastique…
Je m’intéresse souvent à une certaine pauvreté des matériaux. Leur médiocrités deviens un élément fondamental, une qualité que je recherche. Ils m’offrent une certaine liberté, empêche toute sacralisation.

Marina Guyot

Mes pièces sont des barycentres, des concordances spatiales d’éléments.
Elles sont tirées de l’observation du territoire, du passage du temps sur celui-ci et sur les gens qui le constituent. Elles cherchent à comprendre comment on habite, comment on se déplace, comment on vit. Comment on occupe son temps et son espace. Comment j’occupe mon temps et mon espace malgré une tendance naturelle à la procrastination.

Elles ont quelque chose à voir avec l’inertie.
Elles cherchent à ralentir le temps pour pouvoir l’observer plus fnement. Leurs formes se situent entre le repère orthonormé et le mouvement turbulent avec presque toujours l’apparence de la platitude ; mais ce n’est qu’un leurre car elles contiennent de multiples strates. Elles sont constituées de la réitération de gestes simples, de tâches répétitives, de subdivisions.

De plus en plus, elles tendent à devenir le chemin qui mène jusqu’à elles ; leur construction même devient leur forme.

Alice Jouhet

« La forme c’est le fond qui remonte à la surface ». Victor Hugo

Une phrase qui pourrait donner le ton d’un texte…

Un texte qui tenterait de présenter ma démarche
sur le corps,
avec le corps,
à l’intérieur du corps.

Un texte où l’objet serait le corps / où le corps serait l’objet / une ambivalence du moitié présent, moitié absent
– d’une chose en suspension –

Ce texte commencerait par la récupération de mots : UN CORPS

U N
C O R P S
C O R P S
P O R C S
UNCORPSPORCS

Ces mots intégreraient d’autres mots
à découper, désarticuler, disséquer
Ils deviendraient matière à recycler, épuiser.

A U T O P S I E
A U T O P S I E
A U T O P S Y

Mon texte tenterait d’isoler à la manière de mains détenant des (éléments)

Les mots seraient des choses
Des choses se faisant indices

des hypothèses tenteraient de les séparer, regrouper, classer :

Absent / Présent : CORPS
Non identifiée : CHOSES
A ne pas prendre au pied de la lettre : AUTOPSIE

 

La page deviendrait une surface blanche
comme un espace – entre l’intérieur et l’extérieur du texte

Tatiana Labat

Mon travail se concentre essentiellement sur une pratique sculpturale. Avec comme préoccupation la notion de rapport de forces et de mise en tension retranscrit par un rapport d’équilibre précaire. Une fragilité assumée où la chute n’est pas un échec mais fait partie intégrante du processus créatif.
Ma démarche est caractérisée par un emploi précaire des matières. Chaque matériau est le labeur d’une recherche préalable dans le but de concevoir et de conceptualiser mes équilibres en leur redonnant une deuxième vie.
Ancrées dans les lieux qui m’entourent, ces sculptures peuvent être le reflet d’une société fragile, et de la difficulté permanente à la surmonter. Mes recherches et performance me servent à répondre, à ma façon, à la place de mon corps dans mon propre travail et la difficulté liée à la répétition d’un geste pour atteindre le point d’équilibre.
Dans tous mes travaux, ma recherche porte certes sur la mise en tension entre les matériaux (pneus/bois ; vitre/branche) mais aussi avec le spectateur qui les pratique. Je m’imprègne toujours des lieux où je me trouve ce qui détermine les matériaux et les propositions que je fais dans un esprit In Situ totalement assumé.

 

Cédrick Leclercq

Je m’aventure dans l’expérience de l’être dans le temps, de l’articulation de l’espace, de sa définition, et de la façon dont il est habité par l’histoire.
J’envisage l’espace comme somme d’unités, en complexifiant la lecture immédiate des messages produits.
Les images nous colonisent. Elles suscitent et fabrique en nous des désirs de consommation, elles asphyxient les valeurs de l’existence, et donnent du sens a l’insensé.
Dans l’influence du quotidien je construis et compose des images-objet, mettant en tension le regard du spectateur face a des installations d’espaces privés et publics.

Corentin Massaux

Peindre une bande dans la diagonale d’une salle en arrêtant les deux extrémités de celle-ci à distance des angles de la salle.
Couleur et épaisseur à déterminer sur place. Mars, 2014
09/14

Enduire un mur de parpaing ou de briques en laissant une réserve de deux rangées de ceux-ci dans la partie supérieure du mur puis peindre la partie enduite.
Couleur à déterminer sur place. Mars, 2014

Peindre le plafond d’une salle en laissant une marge le long des murs et autours des éléments d’éclairage.
Couleur et marges à déterminer sur place. Mars, 2014

Peindre les plinthes d’une salle entièrement ou en partiellement.
Couleur à déterminer sur place. Mars, 2014
06/14

Remplacer une dalle de faux plafond par une dalle différente.
Jouer sur des rapports colorés et / ou de textures. Mars, 2014

Peindre une bande entre deux couleurs mitoyennes d’un espace .
Couleur et épaisseur à déterminer sur place. Avril, 2014

Peindre ou recouvrir d’un matériau coloré toutes les arrêtes d’un espace d’une bande de chaque côtés.
Couleur et épaisseur à déterminer sur place. Avril, 2014

Entourer tous les éléments électriques d’une salle d’une bande colorée.
Couleur et épaisseur à déterminer sur place. Avril, 2014
06/14

Prendre une ou plusieurs affiches présentent dans l’espace, les scanner puis les flouter.
Les réimprimer et les placer à la place des originaux. Avril, 2014

Peindre toute la longueur d’un mur au rouleau, debout, en arrêtant le geste à bout de bras en haut et en bas.
Couleur et taille du rouleau à déterminer sur place. Juin, 2014
06/14

Peindre les contours d’un mur, au rouleau, à la verticale, sans scotch, en laissant un carré ou un rectangle vierge au centre.
Couleur et dimensions à déterminer sur place. Août, 2014
09/14

Corentin Massaux, Protocoles, 2014